Le temps de la logique


Je rentre d'un voyage aux USA. J'ai traversé les States WISCONSIN, ILLINOIS, INDIANA, OHIO, PENNSYLNANIA, NEW JERSEY, NEW-YORK et WEST VIRGINIA. J'ai pris la température économique dans de nombreuses villes, notamment : Milwaukee, Chicago, Philadelphie, New York, Indianapolis et New York. Je viens de compléter mes impressions en passant quelques jours à Rome. De prime abord, je constate que la hausse des produits pétroliers n'a, à ce jour, quasiment aucun impact sur le mode de vie de ces villes très peuplées.
En cyclologie, il ne faut pas être devin pour annoncer que le brent va encore augmenter. Le cycle annuel, se basant sur de solides statistiques, nous incite à continuer à acheter les sables bitumineux au moins jusque mi-septembre. La correction arrivera à la mi-novembre. C'est à ce moment, qu'il faudra à nouveau réinvestir pour profiter du pic de décembre. Par la suite, il y aurait dégradation possible des cours jusque juillet 2006. Il est évident que ces valeurs sont volatiles et des corrections de 5 à 10 % sur la semaine de devraient pas vous effrayer. Le trend est haussier à moyen terme. Le prix du pétrole a atteint des nouveaux sommets et les commentaires à ce sujet divergent quelque peu.
Certains analystes insistent sur le fait que nous avons éprouvé des prix sensiblement plus élevés dans les années 70 (exprimés en dollars d'aujourd'hui), mais les circonstances d'aujourd'hui sont très différentes. La différence la plus importante provient du fait, que la hausse actuelle est tout d'abord causée par le simple fait de la distorsion entre la demande et l'approvisionnement. Il y a en effet de fortes pressions sur celui-ci ; il y a aussi le problème d'un manque de capacité de raffinerie et, il y a, le fameux problème de la courbe d'Humbert (épuisement de la moitié des nappes avec difficultés croissantes d'extraction). Ce dernier problème fondamental est beaucoup plus grave.
Je vous parlais dernièrement d'EXXON qui a vu sa production chuter de 5 %. Selon ses dires, le monde consomme environ 80 millions de barils de pétrole par jour. Selon l'agence d'énergie internationale, la consommation pétrolière augmentera en 2005 de 1.8 millions de baril/jour. Les médias nous annoncent chaque jour que la production pétrolière fonctionne quasi à pleine capacité (ndrl : l'Irak).
Point crucial : afin de compenser de futurs déclins de production dus à l'épuisement des gisements de pétrole existants, il est urgent de trouver déjà aujourd'hui de nouvelles sources de brent. (6.7 millions de barils/jour sont demandées de toute urgence).
J'aime à rappeler que dans un futur proche, nous devrons faire face à un déficit de 8.5 millions de barils/jour ou plus de 10% de la production actuelle. Ce déficit ne tient pas compte de la croissance des besoins futurs sans cesse croissants.
Enfonçons le clou. Plus spécifiquement, la production de pétrole en Mer du Nord contribuait en 1999 pour environ 9% à la production mondiale. Comparée à la production de 2004, cette année a vu un nouveau déclin de production de 10 %.
Le Mexique qui produisait environ 3.4 millions de barils/jour l'année dernière, vient d'annoncer qu'il s'attend à ce que sa production chute, de façon irréversible, de 10 à 15 % probablement dès le milieu de 2006. La Russie qui contribue actuellement pour environ 10 millions de barils/jour à la production mondiale a révélé que sa croissance annuelle de production arrivait à terme et qu'elle réaliserait en 2005 une croissance d'environ 3.5% ou la moitié de la croissance moyenne de production des 5 dernières années.
Le grand public ne s'inquiète pas encore de la gravité de la situation. Il faudra des circonstances très frappantes comme des ruptures d'approvisionnement pour aggraver la situation de façon exponentielle. Cela créera alors un grand choc dans les économies et dans l'évolution du prix du pétrole.
De récents articles parlent de probabilités d'attaques sur les installations pétrolières saoudiennes et sur les pipelines d'alimentation mondiale, de ruptures de la production irakienne avec le vide politique dans le pays ; Des analystes insinuent que l'Iran pourrait arrêter ses livraisons par chantage ou suite à une attaque motivée par le développement de ses programmes nucléaires. Certains journalistes pensent même que le Venezuela pourrait décider de ne plus livrer de pétrole aux USA et de le vendre tout simplement à la Chine. J'ai même lu qu'il y a de hautes probabilités de conflits meurtriers au Soudan et dans d'autres pays producteurs africains. Des révélations très importantes seront diffusées dans un futur proche, comme la surévaluation des réserves pétrolières de l'OPEP.


Le prix du pétrole exprime une certaine volatilité mais trace un trend irrémédiablement haussier.
Même si de nouveaux champs sont trouvés, ils ne seront pas développés à temps pour compenser le prochain déficit. Les énergies alternatives ne sont pas encore commercialement viables. L'énergie nucléaire a été mise en veilleuse et le gaz ou le GNL bien que disponibles, sont sujets à des augmentations semblables aux prix pétroliers.
Un bon professeur d'économie vous dira, que pour faire baisser le prix du pétrole, il faudrait trois possibilités. Celles-ci, quoique impressionnantes pourraient sauver la façon de vivre de tout un monde. (probablement au détriment d'une partie importante de la population mondiale).
« La seule raison d'un déclin dans les prix du pétrole résulterait de l'affaiblissement de la demande.
La demande diminuera seulement dans les trois cas suivants :
1) une récession grave ou une dépression,
2) la substitution par de nouvelles sources d'énergie, ou
3) une décimation de la population du monde. »
Ces évidences sont étudiées au plus haut niveau ; je vous les livre toutefois avec un certain frisson. Quel est le meilleur choix ?
Bien entendu, il faut rester les pieds sur terre et comme le montrent les graphiques plus hauts, l'or va briller à nouveau. Il pourrait même s'envoler dès l'annonce d'une inflation plus prononcée.


La région des sables bitumineux de Saskatchewan est au centre de nos attentions boursières. Mais, celle-ci se prolonge en Alberta dans la région d'Athabascan. Je me rappelle, dans mes jeunes années de gestion, qu'en 1970, SHELL-Canada et GULF-CANADA avaient fait des prélèvements dans cette région. Ils avaient estimé le coût de production à $30/baril. L'exploitation avait été déclarée prohibitive et le projet est resté sans suite. Les investisseurs se sont mordus les doigts pendant plus de trente ans. Maintenant, avec la technologie courante, le prix au baril a été ramené à $15-20/baril. C'est donc une entreprise profitable avec un prix actuel de plus de 60 $ le baril. Ce territoire est sur le point d'être exploité. Le Gouvernement canadien étudie les dossiers en ce moment : les gisements seraient très importants.
Un correspondant en Louisiane me signale que dans le milieu pétrolier, les ingénieurs planchent sur un nouveau projet. Il s'agirait du forage ultra-profond. Des études sérieuses montrent en effet qu'il y a des réserves de pétrole quasi inépuisables dans le profond des entrailles de la région. On cite le chiffre d'environ 184 milliards de barils dans le Golfe du Mexique au delà des rivages de la Louisiane. Ce correspondant ajoute que les texans pensent que « manquer de pétrole » n'a aucun sens. Il est bien là, mais il faut l'exploiter et cela de plus en plus chèrement. Un investissement dans les valeurs traitant de l'exploitation pétrolière est donc tout indiqué. Toutefois, pour ce qui est du prix du baril, nous devons compter sur une croissance régulière avec des paliers tout aussi volatils.


Une autre nouvelle, les Chinois deviennent capitalistes ! ! Ils nous ont fait croire à un ralentissement économique de leur pays. L'indice du fret en mer Baltique a même influencé fortement les décisions des analystes mondiaux. Une Chine qui freine influence évidemment les prix pétroliers à la baisse. Moins de demandes et c'est une relâche dans les prix. Pour compléter l'impact provoqué dans le monde, des barils ont été offerts à Singapour afin de casser la hausse du brent. Maintenant, nous apprenons que le produit intérieur brut du premier semestre de la Chine a progressé de 9.5 pour cent par rapport à l'an passé. Le bureau national des statistiques signale que l'investissement est toujours trop fort. En 2004, 45 pour cent de la consommation pétrolière de la Chine ont dépendu des importations. Nous ignorons les chiffres de 2005 mais la Chine étudie sérieusement le problème des produits de remplacement. Nous allons avancer à grands pas dans une ère nouvelle en consommant des énergies plus propres. Un rêve bien tardif ! ! le Groenland est en train de fondre.
Que dire de mon voyage aux USA ? Les investisseurs pensent que la FED va continuer sagement à faire monter ses taux pour trois bonnes raisons :
- Pour freiner la croissance continue des prix immobiliers (bulle immobilière)
- Pour obtenir un taux manoeuvrable. (suffisamment haut, pour que l'on puisse l'abaisser de façon marquante lors de la prochaine récession afin de stimuler l'économie).
- Pour soutenir le dollar U.S. par un différentiel attrayant de taux d'intérêt vis à vis de l'Euro et d'autres devises et pour assurer le financement de la dette gouvernementale.
Je me suis inquiété également du prix des carburants. Avez-vous remarqué que le prix du pétrole et des taux d'intérêt américains continuent de progresser simultanément. Cela devrait être néfaste pour l'économie. Quand cela va t-il provoquer une réaction vraiment négative en bourse ?
Certains articles américains citent un taux de la FED à 5 % et un baril à 80 $. Nous devons donc suivre ces chiffres et surtout les devancer en protégeant notre épargne par des ventes appropriées.
Les américains ne semblent pas tenir compte des craintes qui nous assaillent journellement. Malgré le prix de l'essence, on constate une circulation record sur les routes. Chacun est de sortie le Week-end. Personnellement, l'industriel qui m'accueillait m'a offert un repas à des dizaines de kilomètres de sa villa afin de voir une « curiosité » : les plats sont servis par un petit train électrique qui passe de table en table. Il en est de même pour les verres servis au bar.
Dans les aéroports, il semblerait que les prix forts stimulent les voyages. La récession des grandes lignes aériennes semble terminée.
En 1970, la crise avait sérieusement fâché le public surtout les jours sans voiture. Comme le consommateur ne semble pas encore se rebiffer, les compagnies pétrolières augmentent les prix et manipulent le marché. La manifestation des consommateurs viendra... mais quand ?.
Force est de constater que le mécontentement des consommateurs incite sporadiquement les magnats du pétrole à baisser les prix pendant quelques semaines. Nous avons constaté une baisse du baril de 12 $ pendant deux mois. Mais, la colère des consommateurs éteinte, le baril a repris le chemin de la hausse.
Nous devons savoir également que le Gouvernement américain joue sur les réserves stratégiques pour « jouer » avec le prix de l'essence en cas d'emballement du marché.


En parlant d'emballement du marché, je constate que les institutionnels sont devenus quasiment liquide et que certains indicateurs techniques assez pointus recommandent déjà de vendre les positions sur le Nasdaq.
Je termine cette première approche en vous signalant que la chute de l'an 2000 s'est faite par palier. La correction a été importante mais on oublie souvent que le Dow Jones nous avait donné un return de 1400 %.


La correction qui s'annonce ne devrait pas être aussi pénible car 2005 terminera largement en boni... afin de respecter la cyclologie boursière. Celle-ci se base sur les statistiques des années se terminant par 5 et surtout les années d'une nouvelle présidence se terminant par 5.
Je vous parlerai très prochainement de la tenue des bourses et du dollar qui devrait s'améliorer grâce au différentiel d'intérêt.


Roger LECUT Professeur de cyclologie boursière Administrateur-Conseiller à la Présidence de INVESTA