Lorsque des valeurs vont à contre-sens, il y a lieu de s'interroger.
Serait-ce une nouvelle pratique ?
Roger LECUT
Professeur de cyclologie boursière.

L’indice-phare dans la tempête

Dans mon article du 11 décembre dernier, je vous parlais de l’arrêt de la publication du M3 sous la nouvelle autorité de Bernanke aux USA. En gros, la masse monétaire d’un pays est constituée de la circulation fiduciaire et des dépôts à vue en banque sous le nom de M1. Ajoutez à cela les livrets d’intérêts et les comptes d’épargne pension et vous aurez le M2. Ce qui nous intéresse, c’est le M3. Il est constitué des deux autres, plus les dépôts à terme, les certificats et les bons du Trésor. Ce total est régulièrement consulté par les spécialistes du Monde financier pour un tas de raisons.
Cette décision de la Réserve Fédérale américaine annoncée le 10 novembre 2005 et prenant effet à partir du 23 mars 2006 est inquiétante. C’est l’indicateur le plus fiable sur la quantité de dollars circulant dans le monde.

Les USA pourront ainsi créer de nouveaux dollars sans contrepartie. Ceux-ci serviront directement au Pouvoir américain pour payer ses interventions dans divers domaines très chauds. La Bourse notamment. Depuis 1988, un « groupe de travail » soutient les marchés en déclin aux USA. Ce serait en quelque sorte, de l’interventionnisme pur qui empêche les Bourses de plonger.

Nous ne savons rien de ces réunions, aucunes conversations téléphoniques enregistrées, aucuns rapports d'activités, aucunes annonces des intentions. C'est un groupe secret comprenant le Président de la FED, le secrétaire du Trésor, le chef de la SEC, et des personnages clefs de certaines grandes sociétés de Wall Street. L'objectif original était d'empêcher de nouveaux krachs désastreux. Actuellement, ce Comité, avec la planche à billets à sa disposition, achèterait des marchés quand il décide que des marchés doivent être achetés, y compris des bourses de valeurs mobilières de valeurs à revenu variable. Sa ressource principale est l'argent que le Fédéral imprime. Il est injecté dans des marchés par l'intermédiaire du bureau Fédéral de New - York. (voir ma Gazette sur notre site ou sur le site Bourse-Attitude.com).

C’est justement à New-York que se trouve la place boursière la plus connue au monde. Nous y trouvons bien entendu son indice de référence : l’indice du DOW-JONES.

Cet indice se compose de trente valeurs industrielles américaines les plus représentatives. On les appelle souvent les « blue chips » car ce sont les plus grosses capitalisations du Pays. Il est facile à calculer car contrairement à nos indices européens, il n’y a pas de pondération ; cela revient à dire que chaque action représentée a le même poids dans le calcul de référence.
Nous trouvons aussi le SP-500 qui est un indice de pondération par capitalisations. IL est basé sur 500 actions et est conçu pour évaluer la performance d’au moins 70 % de l’économie américaine. A titre exemplatif, fin 2000, il représentait entre autres 2.13 % du secteur automobile, 27.97 % des banques et secteurs financiers.
L’indice DOW JONES n’a donc pas la nécessité de fixer un plafond pour chaque titre le composant. En effet, s’il y avait pondération, cela voudrait dire que les titres qui grimpent, voient leur quota diminué tandis que les valeurs en baisse, voient leur quota augmenté. L’indice DOW JONES n’a rien d’un indice plafonné ou les valeurs actives devenues chères sont remplacées par des valeurs relativement bon marché. Il représente uniquement les meilleures capitalisations boursières.
Mais, c’est bien plus qu’un panier de titres différemment appréciés. Il est devenu un indice facile à manipuler afin de calmer le jeu en cas de ventes paniquées.
Si l’envolée des matières premières maintient le Dow Jones à un niveau crucial de 11.000 points, certains secteurs comme celui de l’automobile risquent de le faire descendre en dessous de ce seuil critique. C’est à ce moment qu’intervient le fameux Comité. Vous en doutez ? Probablement comme beaucoup de puristes.



EN décembre, j’osais écrire à contrario que je ne voyais aucunement la faillite de GM ET DE FORD. Prenons l’exemple de GENERAL MOTORS. La valeur a chuté lourdement. Elle se redresse actuellement avec de gros volumes et un cours de 21.72 $ alors que les résultats financiers n’ont rien de mirobolants. Le titre évolue même au dessus de sa cible (20.56 $)et affiche un EPS négatif de15.14. Des recommandations de vendre garnissent les commentaires de quatre analystes réputés. Probablement que ce « Comité » pense que la faillite de GM aurait un impact nettement négatif à l’approche des candidatures pour la prochaine élection et qu’un bon placebo vaut mieux que mille tirades politiques.





Disons que j’ai l’intime conviction que le « fameux Comité » est en train d’opérer en soutenant ainsi le Dow Jones au niveau 11.000 points. Il opère souvent pendant l’heure de midi. Pourvu que cela dure….car le monde des Investisseurs finira bien par comprendre qu’une fois de plus, il risque de se faire plumer et le manque de confiance est une arme tout aussi redoutable que celle de l’interventionnisme.





Le 13 mars 2006.
Veuillez noter que je donnerai un exposé à la Salle Boursière de Charleroi le 21 mars à 18 heures. Pour renseignements complémentaires, me contacter par mail.
Notez aussi que je donnerai une grande conférence à la Bourse de Bruxelles le 23 mai à 18 heures sur le sujet :
« Les nouveaux paramètres boursiers de ce siècle »