Par Roger LECUT
Professeur de cyclologie boursière
Administrateur-Conseiller à la Présidence

On ne parle pas encore trop de la fameuse courbe d’Humbert qui serait arrivée à un sommet. Cela revient à dire, que la production des puits pétroliers est à un point culminant qu’il sera quasi impossible de dépasser. Il reste bien entendu encore 50 % des grandes réserves de pétrole à extraire mais, pour ce faire, il faut injecter du gaz et de l’eau de mer dans la nappe pour qu’il y ait une pression suffisante pour le jaillissement naturel.
Par la suite, cela se complique et devient de plus en plus onéreux. Cela revient à dire que nous ne manquerons pas de pétrole jusque 2040 environ, mais que celui-ci deviendra une denrée aussi chère que l’or. Déjà les spécialistes pensent à un prix avoisinant les 100 dollars dans un an ou deux ! !.
Pour l’instant, le brent dessine une glissade bien logique et saisonnière ; la reprise ne tardera pas avec le déclin du bon temps. Notre graphique démontre clairement que la demande est galopante et l’offre déclinante. La production sera de plus en plus freinée par les problèmes techniques et malheureusement aussi par des problèmes de tension géopolitique.
Comme investisseurs individuels, nous devons donc nous méfier du trop beau comportement des actions des sociétés pétrolifères. Certaines comme TOTAL pensent déjà à vendre de l’essence mélangée à 2 % avec de l’essence bio produite à base de colza. Ce taux devrait atteindre 20 % dans un proche avenir.
Ce qui est malheureux, c’est que cette situation n’a jamais été révélée au grand public et qu’elle causera très certainement une crise économique de grande ampleur.
Les Occidentaux ont tiré à boulets rouges sur le gouvernement BUSH. Il est vrai que celui-ci a manqué de franchise. Les USA n’ont pas risqué la guerre contre l’Irak et Saddam Hussein à cause de la menace provenant des armes de destruction massive, ni en raison du risque de terrorisme. Beaucoup d’observateurs sont convaincus que le pétrole et la situation géopolitique forment l’essentiel des raisons qui ont conduit à la guerre en Irak.
Les américains en occupant ce pays et sa position stratégique au milieu des grands producteurs visent à contrôler les ressources pétrolières mondiales.
Certains avancent même que l’Irak ne serait que la première étape d’un combat pour le contrôle des ressources énergétiques mondiales (eau, gaz, pétrole).
Les enjeux sont considérables. La puissance qui détiendra les puits pourra fixer quelle économie recevra une quantité déterminée de pétrole à un prix déterminé et quelle économie n’en recevra pas.
La période de pétrole bon marché, abondant, qui a stimulé la croissance de l’économie mondiale pendant plus de trois quarts de siècle a probablement atteint, voire dépassé, son point culminant, affirment des géologues suisses spécialistes du pétrole.
Leur rapport est édifiant, les conséquences économiques et sociales seront stupéfiantes. Les entreprises pétrolières multinationales et les principaux gouvernements du Monde occultent cette réalité de la discussion générale. Les sociétés pétrolières ont intérêt à dissimuler la vérité pour maintenir aussi bas que possible leur prix d’achat de nouveaux champs pétrolifères. Retenons que le carburant le plus important de l’économie mondiale se raréfiera en l’espace de sept à dix ans.
Le nouveau problème de l’extraction pétrolière n’est pas celui de la quantité que recèle le sous-sol, le monde n’est pas prêt de manquer de pétrole. Le problème surgit lorsque l’extraction de grands champs pétrolifères, tels ceux du golfe de Prudhoe, en Alaska, ainsi que de ceux de la mer du Nord, dépasse le point culminant. Si l’extraction est encore possible naturellement pendant quelques années, la diminution peut être très rapide une fois le point culminant dépassé. Le pétrole est présent mais pas facile à extraire et le coût de chaque baril monte à une vitesse croissante en raisons des moyens artificiels que l’extraction nécessite. A partir d’un certain point, l’exploitation n’est même plus rentable.
L’or noir devient rare et malheureusement, les investisseurs ne sont pas informés des discussions importantes qui animent les conseils d’administration des puissances pétrolières. Nous avons en mémoire les découvertes importantes et nous vivons avec un fallacieux sentiment de sécurité.
Le spécialiste William Engdahl cite les statistiques suivantes qui nous aideront à mieux comprendre la grande crise qui nous menace : « En 1991, la plus grande découverte de l’hémisphère occidentale depuis 1970 a été faite à Cruz Beana, en Colombie. Mais la production est passée de 500000 barils par jour à 200000 barils en 2002. Au milieu des années 1980, 500000 barils par jour étaient extraits à Forty Field, en mer du Nord. Aujourd’hui, la production se chiffre à 50000 barils. Le golfe de Prudhoe, une des plus grandes découvertes des 40 dernières années, a produit quelque 1,5 million de barils pendant près de 12 ans. Il a atteint son apogée en 1989 et ne produit aujourd’hui que 350000 barils par jour. Le champ russe géant de Samotlor a produit 3500 000 barils par jour à son apogée. Actuellement, le chiffre est descendu à 325000 barils. Sur chacun de ces champs d’extraction, la production a été maintenue par des dépenses croissantes et par des injections de gaz ou d’eau pour maintenir la pression ou par d’autres moyens pour pomper la quantité de pétrole extraite. Le plus grand champ d’extraction du monde, Ghawar en Arabie saoudite, produit près de 60% du pétrole saoudien, soit quelque 4,5 millions de barils par jour. Les géologues rapportent que, pour y parvenir, les Saoudiens doivent injecter 7 millions de barils d’eau salée, signe alarmant d’un effondrement prochain de la production du principal royaume pétrolier mondial. »
Le problème de l’apogée d’un champ pétrolier est connu depuis 1995. Nous n’avons plus découvert récemment de champs pétroliers géants et la demande énergétique mondiale continue d’augmenter en raison du développement de la Chine, de l’Inde ainsi que de l’Afrique notamment.
Cela explique bien des choses et surtout à mieux comprendre l’attitude des Etats-Unis vis à vis des moyens militaires mis en œuvre dans les derniers conflits : présence militaire brutalement néo-impériale dans le monde, du Kosovo à l’Afghanistan, de l’Afrique occidentale à Bagdad et au-delà. Pour les USA, et leur gouvernement principalement composé de magnats du pétrole, l’énergie est, à leurs yeux, « un intérêt national des Etats-Unis ».
Autre statistique, « les 120 champs pétrolifères les plus importants produisent près de 33 millions de barils par jour, soit presque 50% de l’offre brute mondiale. Plus de 20% de la production proviennent des quatorze premiers champs. L’âge moyen de ces quatorze premiers champs est de 43,5 ans. »
« Les principales compagnies pétrolières mondiales - ExxonMobil, Shell, Chevron-Texaco, BP, ElfTotal - et d’autres ont investi des centaines de milliards de dollars afin de trouver assez de pétrole pour remplacer les puits existants. De 1996 à 1999, 145 compagnies ont dépensé 410 milliards de dollars pour que leurs découvertes de champs pétrolifères leur permettent de maintenir leur production journalière à 30 millions de barils par jour. De 1999 à 2002, les cinq premières compagnies ont dépensé 150 milliards de dollars et leur production n’est passée que de 16 millions à 16,6 millions de barils par jour, augmentation dérisoire. L’effondrement de l’Union soviétique au début des années nonante a suscité de grandes espérances dans les compagnies pétrolières occidentales au sujet des réserves pétrolières de la mer Caspienne, en Asie centrale.
Après l’invasion de l’Afghanistan par les troupes américaines, BP, a annoncé que les sondages effectués dans la mer Caspienne s’étaient révélés décevants, ce qui incitait à penser que la « découverte pétrolière du siècle » n’était guère qu’une goutte dans un océan. » On sait maintenant que les espoirs de réserves estimées à 200 milliards de barils se sont effondrées à 39 milliards de barils et que ce pétrole est de médiocre qualité.
Une des régions les plus actives en matière de nouvelle exploration se trouve le long de la côte de l’Afrique occidentale qui s’étend du Nigeria à l’Angola. Au début de 2003, le Pentagone a conclu des accords instituant des bases militaires sur deux petites îles d’importance stratégique pour assurer une présence militaire dans le cas où quoi que ce soit menacerait les flux pétroliers à travers l’Atlantique. Les réserves trouvées sont de 85 milliards de barils et couvriraient la demande mondiale pendant trois à quatre ans.
En conclusion, je pense personnellement que les actions pétrolières ne sont plus à considérer comme des valeurs de fonds de portefeuille et qu’une diminution soudaine de leur production engendrera inévitablement le déclin de la valeur boursière. La prudence reste de mise.