Que faire ?
16 SEPTEMBRE 2007
Sous la plume de Roger LECUT
GAZETTE DE l'INVESTISSEUR AVISE
Et maintenant, que vais-je faire ?
Je reviens de Chine, heureux du voyage, mais déçu de ce tigre de papier. Comme toujours, les médias ne montrent que le bon côté des choses et cachent au public la vérité criante de ce vaste pays. Le développement des régions s'intensifie et se développe à toute vitesse. D'accord, mais les beaux gratte-ciel cherchent désespérément des locataires. Le secteur des futurs jeux olympiques n'est pas ou plus accessible aux touristes. On y travaille 24 h sur 24, ce sera probablement terminé à la date. Ce qui m'a étonné le plus, c'est la volonté de cacher au maximum, par un rideau de verdure, les habitations minables des paysans qui vivent dans des ghettos de terre argileuse. Ceux-ci sont entourés d'une enceinte peinte en rouge avec des slogans sur le travail. A l'intérieur, de rares égouts, des rues de terre battue et des maisons en briques façonnées à la main et séchées au soleil. Dehors, les champs de maïs semblent supplanter les cultures de riz.
Alors que les régions industrialisées sont pauvres en eau, une plantation inouïe de nouveaux arbres longe les autoroutes en brise-vue. Ces autoroutes sont entretenues en permanence (taille des haies, balayage, peinture, asphalte, etc.. le tout à la main, sans quasi aucune machine et sans aucune protection). L'autoroute est impeccable. Mais à quel prix ! Chaque année, la circulation archaïque sans respect du code européen et le travail au milieu du flux de voitures et camions, envoie dans l'au-delà, plus de 100.000 victimes.
L'an prochain, les touristes empruntant les autoroutes, verront au dessus du feuillage des nouvelles plantations, apparaître les sommets des immeubles actuellement en construction massive. Ceux-ci seront occupés, non pas par les paysans, mais par les citadins qui aspirent à un repos à la campagne.
Bientôt deux classes qui s'affronteront probablement car la différence de richesse est trop flagrante : les paysans et les citadins. La Chine est également vraiment polluée. Les nombreuses centrales au charbon empestent les villes et le gaz libéré reste emprisonné dans la brume du matin. Triste à voir et à respirer. Le soleil est difficilement visible. La réserve de charbon chinoise est telle, qu'elle permettra à la Chine de le consommer encore pendant au moins 20 à 25 ans.
Que dire ? Leur interdire d'utiliser une matière fossile que nous avons consommé bien avant eux ? Cela me semble impensable, même pour préserver la planète. Les charbonnages fonctionnent d'ailleurs avec beaucoup de prisonniers et les prisons continuent à se développer à côté des zones d'extraction.
Je tire de ce voyage une première leçon : 2008 sera le point culminant de la bourse chinoise : ensuite, les faillites sonneront la grande correction. Toutefois, comme me le disait le guide, ancien militaire, en Chine, il n'y a jamais de faillite. Je reste donc prudent pour les investissements dans ce pays.
J'attendais avant de reprendre la plume que les bourses se calment un peu partout dans le monde après la correction attendue. Peine perdue. Maintenant, le mouvement s'est amplifié de par l'influence des médias. Une banque anglaise a momentanément besoin de liquidités. La crainte actuelle avec les crédits accordés trop librement à de probables débiteurs défaillants engendre un regain de prudence de toutes les banques. Northern Rock vient de connaître un afflux de demande de retrait de dépôts bancaires. Les médias n'ont rien trouvé de mieux que d'interviewer des personnes en état de panique au lieu de calmer le jeu. Aberrant.
Une réflexion toutefois : Chaque banque est responsable de ses crédits accordés et de la décision de les accorder. Elles agissent au mieux de leurs intérêts. Force est de constater que certaines banques n'accordent plus leur confiance à une banque de la place. C'est cela qui est grave, car il y a manque de confiance entre elles. Si elles ne peuvent pas se faire confiance, qui alors peut faire confiance aux banques ?
Que dire des corrections boursières actuelles. Aujourd'hui, il y a des parallèles avec les corrections antérieures comme le défaut de payement de la dette russe en 1998, la crise latino-américaine des années 80, l'effondrement du marché obligataire à risque élevé et la crise en Argentine. En regardant nos charts antérieurs, j'ai l'impression du « déjà vu ». Je l'ai d'ailleurs expliqué avec détails lors de ma présentation de samedi au Salon Européen de l'Investisseur Actif qui s'est tenu à la Bourse de Bruxelles.
L'or avait été délaissé et n'est d'ailleurs toujours pas conseillé par nos responsables financiers comme un asile sûr. Il l'était pourtant dans le passé. Mais le vent tourne et aujourd'hui, au vu de ce qui se passe aux USA depuis la non-publication du M3, certains s'attendent à ce que les banques centrales du monde entier résolvent leur part dans la crise du système financier avec une politique de renflouements et d'impression d'argent.
Ce qui est surprenant mais pourtant réel, alors qu'il y a une crise de confiance sur les marchés de crédit (le cas de Northern Rock est flagrant), le monde est inondé de liquidités provenant des excédents de la Chine et de l'Inde. Ces pays commencent d'ailleurs à remplacer nos sociétés dans les actions cotées au NYSE.
Certains se félicitent de ses investissements mais d'autres font remarquer que le vrai problème n'est pas l'approvisionnement en excédents, mais le déséquilibre entre les engagements à court terme et à long terme du plus grand débiteur du monde, les Etats-Unis. Il est vrai que la balance déficitaire des payements de ce pays s'est élevée en 2006 à $811 milliards, c'est-à-dire à 6.2 % de son produit intérieur brut.
Les banques centrales essayent en ce moment de stabiliser le système financier global en injectant des quantités énormes de liquidités dans les marchés. C'est clair et il suffit de regarder les mouvements sur les principaux titres du Dow Jones pour s'en apercevoir. Cet indice est maintenu « artificiellement » au dessus des limites qui engendreraient des ventes massives par ordinateur.
Mais la situation pourrait encore s'aggraver de par la devise américaine. C'est bien une crise fondamentale car la marge de manœuvre des banques centrales diminue chaque jour. La baisse des taux d'intérêt n'est qu'un palliatif à court terme ;elle ne corrigera pas les déséquilibres. Bien au contraire, elle minera le dollar américain qui a déjà chuté à son plus bas depuis 15 ans contre l'euro et les autres devises.
Retenons que la crise a été provoquée par la liquidité excessive en provenance des pays asiatiques et une détérioration des normes de crédit. Une baisse dans les taux fera peu pour changer cette situation. Elle ne rendra pas les investisseurs moins prudents, elle ne relancera pas une nouvelle bulle dans le prix des actifs. Dans un terme proche, une telle politique crée aussi de l'inflation.
Toutefois, comme à chaque crise, il y a un bottom et celui-ci semble avoir été atteint. Les institutionnels reviennent sur le marché et les signaux techniques appellent déjà aux achats nouveaux et à bon prix.

Ce tableau nous indique que les institutionnels sont déjà sur le terrain ; la question est : faut-il faire de même ?
Un coup d'œil sur les signaux techniques nous permettra de conforter notre jugement.

Le Dow Jones nous montre une nette reprise dans l'attente de la décision de mardi. Que fera la FED ? Baisser son taux directeur, oui, mais de 0.25 ou de 0.50. La décision va certainement encore activer la volatilité du marché. Le Dow affiche un bon soutien à 12950 points et une résistance à 13.600 points.Une fois, ce cap passé, la hausse continuera. Il ne faut pas oublier que nous sommes dans une année pré-électorale et que cyclologiquement, celle-ci devrait retrouver la hausse dès le mois de novembre pour bien terminer en 2008. Le 8 est un chiffre qui porte bonheur aux chinois et qui statistiquement a toujours été bénéfique pour la bourse. Alors, chassons le défaitisme et achetons ou moyennons certaines positions.


Le brent, l'or et l'argent devraient subir une correction sans tarder avant un nouvel envol fin d'année.




La volatilité va à nouveau atteindre un point culminant. Cela se passe régulièrement avant chaque reprise boursière. C'est le dernier combat entre ours et taureau.
Je vous invite à ne pas rater la reprise des cours de cyclologie. Ceux-ci se donneront les 8,15, 22, 29 octobre et 5 novembre au Palais de la Bourse à Bruxelles de 17h45 à 20 h.
Bien à vous - Roger LECUT Professeur de Cyclologie Boursière
Conseiller à la Présidence de Investa - (www.bourse-attitude.com)