En effet, il pourrait sembler utopique de faire de tels rapprochements puisque chaque année est différente. Le tout est de savoir si l'on trouve suffisamment d'éléments de comparaison pour croire à ces répétitions.
Par exemple, pourquoi comparer les années 2000 avec les années 70. Nous n'avons pas les mêmes éléments de comparaison. Tant de choses ont changé : nous ne retrouvons pas la situation d'inflation exceptionnelle, ni la récession économique. Nous avons bien la crise énergétique mais nous ne subissons pas les conséquences économiques désastreuses des années 70.
Le philosophe grec Héraclite disait en regardant les eaux d'un fleuve « à tout instant, c'est un autre fleuve, puisque ce qui vient de passer sous mes yeux ne reviendra plus jamais ».

Bernard Barush, un contemporain ajoutait : « Un spéculateur est quelqu'un qui scrute l 'avenir et agit avant qu'il ne se produise ».
Pour ma part, je reconnais et je retiens surtout qu'on ne peut jamais arriver à prédire, mais parfois à prévoir.
Lorsque, j'envisage le futur boursier avec une certaine précision, je soulève bien souvent l'incrédulité ou la méfiance. Il m'arrive de converser avec les investisseurs lors de mes conférences ; force est de constater que si certains ne croient pas à mes prédictions, ils croient fermement aux leurs. Chacun a des convictions propres sur le futur boursier et réagit selon des pulsions ou des motivations ancrées depuis longtemps dans le for intérieur. Je n'ai nullement l'intention de modifier leur façon de faire mais je pense qu'il est de mon devoir de les avertir qu'une grande masse investisseurs souvent plus aguerris pensent et agissent autrement.
Ce qui est difficile à franchir, c'est cette frontière entre ce qui apparaît comme irrationnel mais qui semble se reproduire de façon assez régulière et les données rationnelles basées sur des faits, des analogies ou des similitudes.
Je constate que les prédictions ne sont critiquées que lorsqu'elles dérangent les investisseurs. Bien souvent, ceux-ci acceptent qu'on leur dise que tout ira bien quand tout va bien et assez bizarrement, ils acceptent qu'on leur prédise une année médiocre quand tout l'est déjà. La proximité du malheur semble les rassurer. En un mot, les investisseurs n'aiment pas le changement : leur dire que la bourse va baisser et vous avez l'étiquette de « pessimiste » et si vous dites l'inverse, vous êtes qualifié d'optimiste. J'aurais tant aimé que l'on dise « réaliste ».
En cyclologie, on remarque avec certitude que le marché boursier américain est très sensible aux évolutions cycliques et que celles-ci sont souvent très répétitives. Les statisticiens en dressent bien souvent un constat vulgarisé par la presse financière. Voici quelques exemples qui demandent réflexion.
Depuis 1931, on constate que le marché américain subit une baisse relativement importante pendant le mois d'octobre de l'année qui précède les élections. Cette baisse engendre ensuite une reprise qui efface la correction et dure jusque fin décembre de l'année électorale.


Cela s'est passé en octobre 91 avec Bush (père). Et avec Bill Clinton ? Celui-ci a exercé son premier mandat comprenant une année se terminant par 5 et l'autre mandat avec une année se terminant par 9. La firme Growth Fund Research Inc de Rapid City a constaté le phénomène de la décennie répétitive. De quoi s'agit-il ?
En fait, certaines années boursières sont systématiquement meilleures que d'autres ? Les années se terminant par 5 seraient si prometteuses qu'il serait vraiment difficile de perdre. Faut-il vous le rappeler, l 'année prochaine, nous serons en 2005. Les bearish se rabattent d'ailleurs sur les options call les années se terminant par ce chiffre généreux.
Les années se terminant par 9 sont en général médiocres et celles se terminant par le 8 (adoré des asiatiques) sont très bonnes. Bill Clinton a donc eu droit à un octobre 95 brillant et à un octobre 99 qui confirme la statistique de médiocrité. En 2003, Bush Junior a subit la correction « logique » d'octobre mais en réalité, la moyenne boursière de ce mois était haussière. La légende d'octobre maudit est belle et bien disparue, n'en déplaise à notre gourou. Seul les décennies répétitives semblent apporter des indications positives.


Voyons d'autres prévisions bien enracinées chez les gourous américains.
Ceux-ci sont parvenus à trouver une étrange corrélation entre le comportement de la bourse au cours des cinq premières séances de janvier lui-même et de toute l'année qui suit.
Ce calcul prévisionnel fonctionne depuis cinquante ans avec une régularité exceptionnelle et une exactitude qui dépasse 90 % (plus de 9 cas sur 10).
Le calcul se fait en se basant sur la différence en % entre l'indice SP 500 du 1er jour de l'année et du 5ème. Le résultat positif ou négatif a toutes les chances d'indiquer quel sera le comportement de la bourse américaine durant l 'année.
Toutefois, il faut aussi que tout le mois de janvier soit positif et que la hausse soit significative. Cela veut dire qu'un résultat positif en 5 jours de 0.5 % et de 1 % en 1 mois n'est guère prometteur d'une belle hausse pour toute l'année en cours.
Cela a bien fonctionné en 1999 (hausse annoncée et bilan de plus 20 %)et en 2000 (baisse annoncée avec bilan de - 10 %). En 2001, une hausse annoncée s'est transformée en perte de 12 %, de même en 2002.
Il faut toutefois reconnaître qu'en 2001 et 2002, le différentiel de l'indicateur était minime : 1295.86 contre 1283.27 après 5 jours en 2001 et 1160.71 contre 1154.67 en 2002 ; cela signifiait malgré tout, deux années maussades.
Mais , je vous en ai déjà parlé, la statistique révèle que les deux premières années et plus particulièrement la deuxième d'un mandat présidentiel sont relativement maussades. Cela justifie le contre-pronostic.
La statistique se confirme à nouveau pour 2003 (plus 22 %) et je pense qu'elle confirmera le pronostic en 2004.
Je maintiens ma prévision d'un mois d'octobre 2004 bénéficiaire ; nous pourrions aussi terminer l'année plus haut qu'en janvier comme l'a faite Bush senior. (qui n'a pas été réélu après son mandat de 1989-1992) mais la hausse sera peu significative.
Quand un phénomène se reproduit de façon quasi régulière, il devient difficile de ne pas en tenir compte.
C'est vrai, il n'y a pas de relation mathématique absolue entre le chiffre de la hausse de janvier et celle de toute l'année mais les statistiques depuis 53 ans confirment le bien fondé de ces « découvertes ».
Comme toujours, si une grosse majorité d'investisseurs suivent ses statistiques avec intérêt, il serait mal venu de considérer ces explications comme du charlatanisme.