J'apprécie la canicule, surtout lorsque la brise vient donner son semblant de fraîcheur. Cela stimule mes capacités de réflexion. Les indices boursiers font de même que le thermomètre ; des pics, des corrections nocturnes et encore des pics qui trahissent le désarroi des investisseurs individuels.
Un de mes amis, particulièrement froussard en matière d'investissement, se targue d'avoir tout son portefeuille en obligations. Il reste d'ailleurs convaincu que c'est le meilleur des placements.
Pour le taquiner, je lui parle de l'implosion du marché obligataire et de la disparition soudaine des plus values qu'il pouvait engranger lorsque le marché était bullish. Maintenant, les financières et plus particulièrement les bancaires sont revenues au niveau de juin de l'an passé. C'était, je pense à cette date que Greenspan avait baissé ses taux pour la dernière fois.
Difficile de lui faire comprendre que les catégories d'actifs liées aux taux d'intérêt ont perdu de leur valeur et cela d'autant plus que l'inflation positive (nouvelle école) commence à raboter sérieusement le capital acquis. Avez-vous remarqué l'augmentation de votre coupe de cheveux ?
Difficile de faire comprendre à cet ami, que malgré un taux historiquement au plus bas, le bon du Trésor US vient d'atteindre un rendement de 4.45 % (Cela, au détriment de sa valeur faciale).
En fait, cet ami, est devenu comme beaucoup d'investisseurs belges, un investisseur « hors marché ». Il se tient peinard avec des obligations « grand père » à très long terme qui vont le protéger de la voracité du fisc jusqu'en 2012-2015. Il est préférable de ne pas lui parler d'inflation. C'est pourquoi, je dois lui donner raison. Il a tout intérêt à les conserver car la plus-value va persister du fait de leur rareté dans les années à venir.
Je n'en dirai pas de même pour les nouvelles obligations qu'il commence à souscrire. Il était intéressant de courir après des débiteurs de moindre qualité qui assurait un bon revenu ; la hausse des taux attendue va engendrer bientôt un reflux des souscriptions vers du papier de meilleure qualité donnant le même revenu.
Pourtant, le secteur obligataire est d'autant plus fragilisé que les investisseurs étrangers semblent de plus en plus peu enclins de détenir des obligations USA. Leur rendement est très bas et le Gouvernement américain ne se soucie apparemment pas des énormes quantités d'argent qu'il emprunte à l'extérieur pour financer le gouffre de son déficit budgétaire (guerres obligent).
Pour l'Etat US, la solution est simple, il imprime des dollars pour rembourser ses créditeurs. Si, comme un avertissement, l'or continue à monter, il fait fi de cet attrait qu'il caractérise de méthode désuète.
L'or noir a bien plus de valeur et d'ailleurs, il vaut bien une ou plusieurs guerres. Pourtant, il grimpe de concert avec l'or et cela me rappelle les années 70. Un cours de près de 33 dollars le baril (futures septembre)confirme mon inquiétude.
Quel sera l'impact de la crise obligataire sur les sociétés de prêts hypothécaires et des institutions financières. La réponse est simple : négatif. Savez-vous que les taux (prêt à 30 ans) viennent de passer à 6.14% contre seulement 5.21 % à la mi juin . Bientôt les taux d'intérêt vont suivre et cette hausse généralisée va créer de sérieux problèmes.
Déjà, un cri d'alarme est lancé par l'Association américaine de prêts hypothécaires qui prévoit déjà une réduction drastique des prêts. 2003 verra le sommet de la bulle à près de 3.400 milliards de dollars et 2004 verra la somme des demandes sous les 2.000 milliards de dollars. C'est énorme comme différence et cela va influencer sérieusement le marché.
Les sociétés émettrices boiront le bouillon en devant licencier en masse les personnes qu'elles avaient recrutés très largement depuis la chute des taux. Dans les années 70, des centaines de milliers de personnes de ce secteur ont rejoints les rangs des chômeurs. Maintenant que la reprise pointe ses premières lueurs et que les taux ont baissé 13 fois d'affilée, il faut bien s'attendre cycliquement à une reprise. C'est la base de tout mécanisme économique.
Mon correspondant de Chicago me signale que le secteur technologique a déjà perdu plus de 500.000 emplois et ne désire plus réembaucher avant d'avoir enregistré des profits convaincants. Il ajoute même que les comptes nationaux ne montrent que 2 % de croissance dans le secteur malgré des chiffres plus plaisant publiés par les médias. Avec la baisse des taux, GREENSPAN pensait créer de l'emploi ; on en est loin et beaucoup d'entreprises américaines partent s'installer à l'étranger.
C'est pourquoi, une baisse du dollar est souhaitée par les industriels américains. Comme ceux-ci financent la campagne électorale de BUSH, il me semble inévitable de voir arriver celle-ci dans les prochains mois.
Pourtant, pour l'investisseur individuel, si le dollar chute, l'épargne américaine augmentera car les dépenses seront de plus en plus onéreuses. Cela contrariera les marchés d'actions et aussi le marché obligataire.
C'est pourquoi, je ne suis certainement pas acheteur d'obligations en ce moment. Si ce marché a été particulièrement porteur depuis deux bonnes décennies, la hausse des taux attendue va vraiment tout bousculer et surtout engendrer des ventes massives d'obligations qui vont continuer à se déprécier.
Certains parlent même d'un spectaculaire retournement de tendance qui pourrait se comparer à la grande bulle du Nasdaq des années 2000 et déjà on reparle de la glissade de Tokyo qui a effacé 20 ans de hausse.
Je pense que l'économie japonaise était financée par les japonais eux-mêmes alors que les américains réimportent tout simplement les dollars dépensés à l'étranger en exportant leurs obligations.
Savez-vous que le Gouvernement Fédéral augmente chaque année son encours d'emprunts de près de 500 milliards de dollars. L'Amérique se trouve ainsi lourdement endettée vis-à-vis des pays hors zone-dollar. L'inflation lui est donc bénéfique. Elle a d'ailleurs tout fait pour éviter une période de déflation.
Mais réfléchissez-bien sous cette brise caniculaire et posez-vous la question :Est-ce la déflation ou l'inflation, l'ennemie la plus dangereuse des placements obligataires ?
N'allez-pas jusqu'à comparer la crise qui se prépare avec le couac de l'Argentine ; celle-ci a vécu une période d'hyper-inflation et Greenspan veille à un tel danger. Rassurant, n'est-ce pas ?
Roger LECUT administrateur-Conseiller à la Présidence de INVESTA
Professeur de Cyclologie Boursière