Par Roger LECUT
Administrateur-Conseiller à la Présidence de INVESTA
Professeur de Cyclologie Boursière

Quel est l'investisseur qui ne fouine un jour ou l'autre en quête d'investissements ?
Un communiqué m'alerte à la mi-mai que GENENTECH (DNA) vient d'annoncer des tests plus performants qu'attendu pour son nouveau médicament Avastin destiné à traiter le cancer du colon.
Réaction immédiate, le cours s'envole de 28 % en une soirée;Acheter, oui, mais notre ordre de bourse ne serait exécuté que le lendemain pour la plupart d'entre-nous.
Acheter trop tard ? c'est un dilemme. La demande reste forte et le 21 mai, la valeur est déjà passée de 40 à 56 dollars ; quelques chartistes ont relevé la cible à atteindre de 47.44 à 63 $.



Un dilemme me tracasse également. Une bulle spéculative se crée à nouveau sur les technos et les biotechs. Cela effraie tout un chacun et bien que le chartisme fasse tout pour enlever mes doutes, j'essaie de me rallier aux avis des brokers locaux.

C'est la stupéfaction. Rarement, je n'au vu autant d'avis sur une valeur et surtout autant de contradictions. 13 avis : onze positifs et deux négatifs. Dans les positifs, il y a seulement deux Strong Buy et dans les négatifs, il y a surtout la Banc of America Securities qui est carrément SELL.

Que se passe-t-il ? Le bénéfice estimé par action devrait passer de 0.23 à 1.12 dollars soit un coefficient multiplicateur de 4.87.

Actuellement, le PER est à 239.09 un niveau qui rappelle la bulle spéculative de 2000. Dilemme ? Oui, car si le bénéfice estimé est bien engrangé à la fin de l'exercice, mon PER ne devrait plus être que de 49 environ.
C'est peut être élevé, mais en tous cas nettement moins que le PER des valeurs comme YAHOO (109.08) et @BAY (97.06).

Investir me tente donc ; toutefois je dois investir dans une devise qui perd chaque jour de sa prestance. Je pourrais me dire que nous sommes proche d'une période de déflation. Mais le dilemme, c'est que pour combattre la déflation, les USA font tourner la planche à billets pour créer de l'inflation positive. Quoi que je fasse en ce moment, mon placement pourrait rester terne et triste en conversion €.
Je me rassure : nous ne vivons pas le même phénomène que le Japon qui a eu à la fois une chute des actifs mobiliers et une chute des actifs immobiliers.

Le risque d'une déflation prolongée à la japonaise est probablement excessif et les perspectives de désinflation qui pourraient s'ensuivre également. Les prix à la consommation vont probablement stagner ou augmenter... ce scénario est mon préféré bien que les autorités monétaires pensent que l'inflation ne soit insuffisante pour contrer efficacement la déflation.

Le dilemme subsiste encore car Greenspan vient de déclarer que les probabilités d'une chute inopportune de l'inflation pourtant bien basse, dépassent celles d'une hausse de l'inflation.

Ce qui signifie que la FED annonce indirectement des mesures pro-inflationnistes. Le dilemme continue, car sur les bancs de l'Ecole, j'ai toujours appris que la FED a pour mission d'empêcher l'inflation et elle planifie à présent un retour à celle-ci avec un grand tapage médiatique pour le lancement du nouveau billet de 20 $.

Cela veut dire que la FED produira autant de billets que nécessaire afin de relancer l'économie USA. Nous devrions nous souvenir que ceux-ci restent possesseurs de 60 % de la richesse mondiale et qu'ils feront tout pour défendre leurs acquits…et leur impérialisme.

Que ferons-nous, plus tard pour lutter contre la nouvelle capacité américaine à submerger nos marchés de produits très compétitifs ? La solution, c'est la copie de leurs méthodes. Notre Euro redeviendra faiblard et l'agrandissement de la nouvelle Europe facilitera la multiplication des euros. Dans la gestion des sicavs et des portefeuilles, les banques n'hésitent d'ailleurs pas à rester full invest dans chaque secteur géographique et calculent leur performance par rapport au benchmark local. Seules les quotités d'investissement sont réadaptées en fonction du climat économique et politique.

Notre achat en actions américaines devrait profiter à la fois, de la hausse du titre qui suivra l'actualisation des dividendes futurs et de la hausse du dollar contre euro car le balancier de la cyclologie fonctionnera à nouveau comme dans le passé. Qui se souvient encore de « L'Eurodollar » et des centaines de pages de journaux traitant de ce sujet ?

Le dilemme de cette histoire, c'est que de toute façon, à cause de cette inflation voulue, notre placement perdra à nouveau de sa valeur. Les plus-values devront être considérées comme illusoires bien qu'existantes comptablement. Toutefois, personne ne révèlera cette stratégie payante des Etats. Faire de l'inflation un instrument positif, c'est génial mais…qui paie la note ? Comme disait un petit voisin en regardant le niveau de sa tirelire transparente « Plus c'est bas, moins c'est haut ».

Ainsi rédigé un jour de pluie, le 22 mai 2003.