Par Roger LECUT Administrateur-Conseiller à la Présidence de INVESTA
Professeur de Cyclologie boursière.

La guerre est finie. Reste à analyser, non pas nos différences d'opinion sur le bien-fondé de cette aventure guerrière mais bien ce qui pourrait en résulter. Tout d'abord, je me suis penché sur ceux qui voulaient cette guerre à tout prix. Le Président BUSH, c'est évident, a des intérêts dans le secteur pétrolier. Cette fortune a été amassée par son grand-père qui faisait un négoce fructueux avec l'Allemagne qui se voulait grande à une époque que personne encore n'a oublié.
Le Vice-Président Dick CHENEY est quant à lui ex-PDG et gros actionnaire de la firme HALLIBURTON qui est investie dans le secteur pétrole, défense et construction. Il est de plus directeur de la firme PROCTER & GAMBLE et son épouse est directrice de la firme LOCKHEED MARTIN qui s'occupe d'armement. De nombreux conseillers à la Présidence sont également conseillers de cette firme. A noter qu'une des firmes contrôlées par Halliburton vient de construire pour la coquette somme de 33 millions de $, le fameux camp de Guantanamo à Cuba. Il faudra probablement faire de même pour les irakiens récalcitrants.
HALLIBURTON a fait des offres (déjà avant la guerre de l'Irak) pour l'extinction des puits de pétrole et la reconstruction des écoles et des hôpitaux. Je me souviendrai du laxisme des militaires pour empêcher le pillage de ces derniers. Je pourrais même ajouter que plus on détruit, mieux c'est, car cela profite directement à l'actionnaire…de Halliburton et je comprends, dès lors, le fanatisme de certains pour la destruction massive de l'Irak.
Le ministre de la Défense Donald RUMSFELD est directeur de la biotechnologique GILEAD SCIENCES, de ASEA BROWN BOVERI et de GULFSTREAM AEROSPACE, la filiale armement de GENERAL DYNAMICS.
Le ministre des Affaires Etrangères Collin POWELL est actionnaire de GULFSTREAM AEROSPACE et de GENERAL DYNAMICS tandis que la Conseillère du Président Condoleeza RICE est membre du CA de CHEVRON.
Ce n'est pas fini, Paul WOLFOWITZ, ministre de la Défense est co-président de HUGES ELECTRONICS, consultant de NORTHROP GRUMMAN et de BP AMOCO. NG construit le bombardier B2 ainsi que l'avion sans pilote Global Hawk. Ce ministre vient de déclarer que la France devra assumer les conséquences de son comportement néfaste face à la guerre. Nous devrions considérer ce message comme un avertissement sévère sur tout ce qui concerne les actions françaises exportatrices comme DANONE et LVMH par exemple. Les brokers français semblent avoir bien compris la menace car ils viennent de mettre DANONE dans la liste des titres aussi risqués que EQUANT, SUEZ, CLUB MED, BAYER et WANADOO.
Mais il y a aussi plusieurs sous-secrétaires à la Défense, tous vice-présidents ou conseillers de firmes d'armement et de consultance pour le Pentagone.
Richard ARMITAGE est ministre-adjoint des Affaires étrangères et bien entendu (sic) consultant pour RAYTHEON et BOEING. Le programme des Tomahawk et des bombes anti-bunker l'intéresse au plus haut point.
Voilà l'équipe et vient le vieil adage ACHETEZ AU SON DU CANON. C'est pitoyable à dire, mais les morts donnent de la vie à la bourse. En cyclologie boursière, on constate en effet que 6 mois après le déclenchement guerrier, le DOW JONES progresse en moyenne de 6.7 % contre une évolution moyenne de 2.6 % en temps de paix. Cette moyenne a été calculée sur la période de 1896 à 2003. A titre exemplatif, à la guerre du Golfe de 1991, l'indice a grimpé de 18.9 %, en 1992, avec le conflit en Somalie, la hausse a atteint 7.8 % et dans le dernier conflit en Afghanistan, le Dow a réalisé une hausse de 12.6 %.
C'est la fin de la guerre. Nous allons retrouver la confiance dans les marchés. Celle des consommateurs va revenir et fournir des perspectives de croissance économique aux entreprises et aussi réaffirmer la suprématie des Etats Unis. Pourtant, en réalité, la situation de ce pays n'est guère brillante. L'éclatement de la bulle spéculative a réduit fortement le revenu disponible des ménages et ceux qui ont continué à maintenir leur train de vie se sont fortement endettés. La dette américaine tourne autour de 20.000 milliards de dollars, soit le double du produit intérieur brut, richesse produite annuellement.
L'aventure irakienne se doit de réussir, sinon, les USA devront faire face à une débâcle politique et aussi à une débâcle économique. Mais nous oublions aussi le rôle du dollar dans cette guerre. Les USA se doivent de contrôler la monnaie américaine et de tenter de la maintenir comme unique devise de référence. En effet, une partie du monde essaie d'utiliser l'€ comme alternative à l'hégémonie américaine.
C'est l'Irak qui a mis le feu aux poudres en 2001 en décidant de libeller en € ses transactions commerciales et pétrolières. Il décida aussi de convertir les 10 milliards de dollars issus du programme Pétrole contre nourriture bloqués sur un compte à New York.
Cela donna des idées aux autres et l'initiative fut vite suivie par la Corée du Nord et l'Iran. Vint ensuite le Venezuela et ensuite la Chine et la Russie avec des conversions partielles. Sans le vouloir spécialement, l'Union Européenne était en plein dans cette guerre aux enjeux cachés.
L'Angleterre, alliée des USA (tiens, tiens ! !) a d'ailleurs signé un accord de coopération industrielle avec les cinq grands de l'armement (LOCKHEED MARTIN, BOEING, GENERAL DYNAMICS, RAYTHEON, NORTHROP-GRUMMAN et BRITISH AEROSPACE SYSTEMS). Elle a appelé cela le Pont Transatlantique. Les allemands et les français ont réagi vivement en créant EADS avec DAIMLER-CHRYSLER, AEROSPACE AG, AEROSPACE MATRA et CONSTRUCCIONES AERONUSTICAS) . Ces deux groupes géants ont commencé la guerre par une compétition acharnée sur les marchés. L'Angleterre a même failli quitter l'Union Européenne car on lui proposait un accord de libre échange entre les USA, le Canada et le Mexique.
Il fallait à toutes fins, briser l'entente Allemagne-France pour créer l'ALENA, une zone de libre échange entre l'arctique et l'antarctique.
En résumé, les puissants de ce monde, en l'occurrence les dirigeants des USA, avaient trois raisons majeures de faire la guerre à l'Irak et de la gagner. Ils devaient d'abord faire une démonstration de force afin de dissuader tout pays de s'opposer à l'avenir à la superpuissance américaine. Ils devaient ensuite profiter du conflit pour remodeler le Proche Orient et pour terminer, ils devaient prendre le contrôle des ressources énergétiques.
Il y avait en effet une urgence à contrôler la production de pétrole et la négociation de celui-ci en $ comme devise de référence. Les USA sont en effet les premiers importateurs de pétrole avec 9.8 millions de barils/jour contre 5.5 au Japon et 2.7 en Allemagne. Le contrôle des puits avait en outre un autre avantage : les américains peuvent le vendre à qui ils veulent et au prix qu'ils ont déterminés. En bref, ils ont ainsi une pression très importante sur les gouvernements clients. De plus, le pétrole irakien a un coût d'exploitation très bas et les USA savent également que les contrats signés par Saddam avec la France, la Russie et la Chine sont devenus caduques. Les colombes de la paix sont biaisées et les sociétés de ces pays en payeront sévèrement la note.
Reste à voir comment les autres pays de l'OPEP vont réagir. Pour mémoire, il s'agit de : VENEZUELA, IRAN, ARABIE SAOUDITE, EMIRATS ARABLES UNIS, KATAR, KOWEIT, LIBYE, ALGERIE, NIGERIA et INDONESIE. Pour les réprimander, les américains peuvent vendre des quantités énormes de pétrole irakien et ils devront suivre les injonctions du plus puissant des pays du monde afin d'éviter une chute dramatique des cours du baril. Les américains savent que depuis 2002, l'€ a gagné 17 % face au $ et que ces pays pourraient être tentés de convertir leurs dollars en euros. Une étude récente d'une banque de la place estimait que les pays du golfe perdraient en 2002-2003 une somme de 97 milliards de $ du fait de la glissade de celui-ci face à l'euro.
On comprend aisément que devant le danger de la perte de la suprématie du $ dans le monde, les USA se soient engagés dans cette guerre pour contrôler les puits les plus importants du monde et éviter ainsi l'imposition de l'Euro comme devise de référence dans les marchés mondiaux.
Savez-vous que la Grande Europe de demain, de mai 2004, fera passer la population à 450 millions de personnes. Aux USA, ils resteront 280 millions et cela devrait aussi jouer en faveur de la devise € comme devise de référence mondiale mais cela, c'est une autre histoire. Sachez toutefois que notre commerce avec l'ex Union Soviétique représente principalement l'achat de 21 % de notre pétrole et 41 % de notre gaz. Pour cette transaction européenne, le $ n'est plus nécessaire. La Russie et la Chine continuent d'ailleurs de partager à égalité leurs actifs monétaires entre les deux monnaies. Le Venezuela ferait de même. Nous voyons que l'économie des USA est intimement liée au rôle du $ comme monnaie de réserve et comme monnaie d'échange. Si le clivage vers l'Euro se poursuit, le besoin mondial de billets verts va diminuer ainsi que sa valeur marchande et le contrecoup serait désastreux pour l'Amérique. Au pire, celle-ci se verrait privée de son contrôle monétaire et commercial et aussi privée des moyens de ses propensions impérialistes. Le danger guette vraiment et ils viennent quasi de décider de dollariser l'Irak. Pendant ce temps, le Tchétchènie est officiellement dans les mains des russes et les kurdes n'ont guère envie de se voir imposer des dirigeants commandités par des turques. La guerre est t'elle finie. Probable car les américains viennent de couper les robinets à la Syrie et celle-ci devrait se soumettre comme un fruit mûr. Mais que vais-je faire ? Cruellement, mon portefeuille me demande de me mettre du côté du plus fort. Vous connaissez déjà les noms des sociétés qui vont se remplir les poches, j'ai bien envie de devenir leur tout petit actionnaire. Ce sera ma façon à moi de gagner ma guerre. J'ai honte mais un actionnaire qui joue la carte des perdants finit par perdre toute motivation de rester un investisseur au vrai sens du mot.
Rédigé ce 16 avril 2003.