Le mois passé, je vous parlais du raisonnement d'un bon gestionnaire qui conseillait des valeurs pétrolières aux fondamentaux solides en période de pré-guerre. Nous sommes très près d'une date butoir (17 mars 2003) qui pourrait alimenter bien des controverses invraisemblables sur les intérêts réels d'une guerre que personne ne veut chez nous.
Le conflit probable en Irak fait renaître des sentiments d'indépendance dans la partie kurde. Ceux-ci voient avec intérêt la possibilité de s'approprier les puits de pétrole de Mosul et Kirkük.
Saddam Hussein aurait déjà préparé l'explosion des puits de cette dernière localité. Les Turques aimeraient que les américains leur concèdent le droit d'envahir l'Irak jusque cette région de façon à empêcher les Kurdes à créer un nouvel état indépendant qui pourrait provoquer les mêmes sentiments d'indépendance dans la partie kurde de la Turquie. Un nouveau conflit larvé comme au Moyen-Orient semble se préparer. Là, n'est pas notre problème direct.

Mon propos de ce jour est d'attirer votre attention sur la cyclologie des faits actuels. Les sociétés pétrolières cessent de glisser à l'inverse de la plupart des autres secteurs, ou du moins ne le font que de façon sporadique. Les brokers pensent que les pétrolières vont entamer la première étape de leur rétablissement cyclique qui devrait se prolonger et durer de 18 à 24 mois.

J'ai recherché longuement les valeurs les plus intéressantes à acheter. Comme les profits sont le moteur d'une progression boursière assurée, j'ai d'abord éliminé les valeurs dont le « Profit Margin » actuel était faible ou négatif. Avec - 1.8 %, j'ai abandonné mes recherches sur l'américaine AMERADA HESS CORP cotée au SP500 ; CHEVRON TEXACO CORP ne fait beaucoup mieux avec +1.1 % et la marche de profit de BP plc en Angleterre n'est que de + 3.9 %.
J'ai conservé ENI Spa en Italie avec un + 15 %, EXXON MOBIL avec + 5.6 %.
Au Canada, j'ai retenu IMPERIAL OIL avec 7.1 % et PETRO-CANADA avec 9.8 %. J'ai été impressionné par la canadienne SUNCOR ENERGY INC avec une marge de profit de 15.5 %. J'ai conservé ROYAL DUTCH avec 5.3 % et SHELL TRANSPORT AND TRADING avec 5.3 % comme il se doit. Notre ancienne PETROFINA, la TOTAL FINA ELF est sauvée avec ses 6 % et STATOIL ASA en Norvège avec ses 7 %. J'ai retenu également des valeurs exotiques comme CHINA PETROLEUM AND CHEMICAL CORP (Sinopec) qui fait du 4.1 % et PETROLEO BRASILEIRO avec ses 9.5 %.
J'ai par contre éliminé PEREZ COMPANC en Argentine car le risque « Pays » me semble encore important. J'ai également éliminé REPSOL en Espagne qui ne communique pas ce genre d'information.

J'ai jeté ensuite un coup d'œil sur le degré de cherté des valeurs et j'ai trouvé les PER suivants : CHINA PETROLEUM 9.44, ENI 9.42, EXXON MOBIL 20.70, IMPERIAL OIL 14.64, PETRO-CANADA 14.32, PETROLEO BRASILEIRO 6.30, ROYAL DUTCH 14.60, SHELL 14.80, STATOIL 7.24, SUNCOR ENERGY 16.32 et TOTAL 13.65.
Je devrais éliminer EXXON MOBIL mais, souvenez-vous : en février, SHELL et EXXON MOBIL ont découvert un important gisement de gaz naturel dans la Mer du Nord et la plate-forme offshore de Carrack en Mer du Nord également va être exploitée à partir de décembre pour une durée comprise entre 15 et 20 ans et une production totale de 3.5 milliards de mètres cubes de gaz naturel.
J'élimine IMPERIAL OIL et STATOIL ASA car je suis peu informé sur leur croissance. TOTAL FINA ELF est retiré aussi de ma liste car sa croissance actuelle est négative.

Examinant de façon plus approfondie la croissance en 5 ans et la croissance actuelle, j'élimine aussi ENI Spa et PETROLEO BRASILEIRO du fait de sa longue grève.
Il me reste ainsi six sociétés. Je me réfère aux avis des brokers qui recommandent ces valeurs de la façon suivante (Les chiffres indiquent le nombre de recommandations en Strong Buy, Buy et Conserver) :
CHINA PETROLEUM AND CHEMICAL CORP (1-1-2)
EXXON MOBIL (4-6-11)
PETRO CANADA (5-7-4)
ROYAL DUTCH (5-8-7)
SHELL T & T (1-2-6)
SUNCOR ENERGY INC (4-12-7)
J'élimine ainsi SHELL T & T et CHINA PETROLEUM. Cette dernière est trop exotique ; il faut mieux investir en Chine par le biais d'une Sicav.

Reste quatre valeurs. Les temps actuels nous incitent à examiner également leur volatilité.
EXXON MOBIL fait 0.336, PETRO Canada 0.581, ROYAL DUTCH 0.77, SUNCOR ENERGY 0.27.
Je me penche sur les « return ». EXXON MOBIL fait - 18.92 %, PETRO-Canada + 43.06 %, ROYAL DUTCH - 26.48 % et SUNCOR ENERGY INC + 2.35 %
Le Div/yld donne 2.6 % pour EXXON, 0.7 % pour PETRO-CANADA, 0% pour ROYAL DUTCH et 0.6 % pour SUNCOR ENERGY.

Difficile de faire un choix. J'examine alors le PEG c'est-à-dire le Price Earning to Growth en me disant que la théorie veut qu'une valeur ait en logique un PEG égal à 1. Plus le PEG est élevé, plus la valeur est chère. EXXON donne 1.97, PETRO-CANADA 1.41, ROYAL DUTCH 1.08 et SUNCOR ENERGY 1.08 également.
Il m'est dès lors plus facile d'éliminer EXXON MOBIL et PETRO-CANADA.
Pour départager les deux autres ROYAL DUTCH et SUNCOR ENERGY je me réfère d'abord à l'analyse du marché.
Le secteur pétrolier est sujet à un point crucial, le dollar.
ROYAL DUTCH est un producteur avec des prix en $ comme toutes les pétrolières. Techniquement, la chute actuelle et encore probable du $ va diminuer ses rentrées en €.

Ainsi l'impact du dollar reste prédominant. Une hausse du dollar provoquera irrémédiablement une hausse des prix du pétrole, et donc des prix de l'essence ; cela pourrait bien arranger les compagnies pétrolières.
Les premières victimes de la baisse du dollar sont les producteurs de pétrole qui voient le montant de leurs réserves et leur chiffre d'affaires chuter en contre-valeur €. En général, les compagnies essaient de stabiliser leur chiffre d'affaires avec l'augmentation des volumes produits.

Royal Dutch est un holding, actionnaire majoritaire de RoyalDutch Shell, deuxième compagnie pétrolière mondiale. Les activités de RoyalDutch Shell se répartissent entre l'exploration, la production, le raffinage et la distribution de pétrole, la pétrochimie et enfin la distribution de gaz et d'électricité.

Le groupe dispose encore d'un important cash flow, lui permettant d'envisager une opération de croissance externe ou un renforcement de ses positions dans le gaz. Toutefois, les analystes notent que le point sensible de ROYAL DUTCH est la marge de raffinage et de pétrochimie qui est toujours très volatile. En outre, le groupe est trop faiblement présent aux Etats-Unis (moins de 20 % du chiffre d'affaires)et mène une politique de croissance externe insuffisante, d'autant que sa capacité de production reste limitée. Nous notons que le cours du titre évolue et fluctue en fonction de l'évolution du prix du baril de pétrole et du gaz. Plus ils sont bas, plus les cours des compagnies pétrolières reculent. Comme les prix s'envolent avec le risque de guerre, nous devrions être satisfaits.

Nous noterons aussi que certains analystes estiment que la valeur peut présenter un certain caractère défensif, dans la mesure où elle est moins exposée que les autres grosses compagnies aux fluctuations des
prix du gaz naturel aux Etats-Unis devenues excessives suite à l'affaire ENRON.
ROYAL DUTCH cote ce 12 mars 2003 environ 36.90 $ et les analystes estiment le target à 48.67 $. Cela ne semble pas démesuré. Toutefois, l'évolution de la valeur est inférieure de 17 % à celle de la canadienne SUNCOR ENERGY code SU au Nyse.

Parlons de cette dernière valeur. SUNCOR ENERGY Inc. est une compagnie canadienne intégrée d'énergie. SUNCOR possède des raffineries et produit du carburant diesel, près du fort McMurray dans le nord de la province Alberta. SUNCOR est également un producteur conventionnel de gaz naturel au Canada occidental et possède des affaires de raffinage et de vente dans l'Ontario. On le connaît aussi sous la marque Sunoco. SUNCOR prépare l'avenir et investit aussi dans l'énergie alternative et renouvelable.
Pendant l'exercice budgétaire clôturé le 31/12/02, les revenus se sont élevés de 17% à 4.9 milliard de dollars canadiens. Les revenus reflètent une production plus importante et un bénéfice en hausse provenant surtout de la vente de gaz naturel. Nous devrions nous attarder beaucoup plus sur cette valeur mais, au fait, la connaissez-vous ? Probablement que non. Il est bon de savoir que sa capitalisation boursière est dix fois moindre que celle de ROYAL DUTCH. Elle cote ce 12 mars 2003 17.35 $USA et son target est de 24.33 $. Il y a donc un espoir de hausse supérieur de 8 % à ROYAL DUTCH.
Jetons un coup d'œil sur l'analyse technique de ces valeurs.



Comme vous le voyez, ce graphique est nettement plus engageant que celui de ROYAL DUTCH qui reste pourtant fondamentalement une valeur sûre. Le dollar lui joue des tours et la région d'exploitation de SUNCOR ENERGY est nettement moins sujette aux effets de guerre.
Reste une seule chose à examiner maintenant, c'est le dollar. Il faudrait que le dollar canadien ne soit pas corrélé au dollar américain de façon à en diminuer le risque. Mais le Canada pourra t'il survivre longtemps avec une DEVISE EN SURCOTE par rapport à son grand-frère voisin commercial?



Nous devrions faire un choix. D'un coté, une société très connue dont la sensibilité au cours du dollar risque d'en défavoriser grandement le bilan et de l'autre, une société très prospère dont la progression quasi continue depuis de longues années risque d'être annihilée dans les portefeuilles en contre-valeur € par le glissement voulu de la devise de référence : le dollar USA.
Comme vous le voyez, rien n'est simple dans la vie. Seule parfois la chance peut apporter la satisfaction désirée.

Rédigé le 12 mars 2003

Roger LECUT, Professeur de Cyclologie Boursière Administrateur AEI et Secrétaire Général de la FBCI.