De temps à autre, il est bon de trier les journaux qui commencent à encombrer votre bureau. C'est le moment des découvertes parfois déconcertantes, mais toujours intéressantes. Vous êtes-vous déjà « amusé » à relire brièvement les nouvelles qui agressent le lecteur avec leurs titres insolents ? En avril 2002, je lisais « Trop d'incertitudes » « Ne pas dramatiser » ; fin avril, le titre « Spring is in the air » donnait un rayon de soleil à nos lectures. En mai, c'était déjà « Mi-figue, mi-raisin », puis « Feu de paille ». En août, « La prudence est de mise » et en septembre « Pessimisme débordant » alors que l'on se posait la question en octobre « Peut-on se fier à l'histoire ? ».
En cyclologie boursière, on retrouve souvent cet état de fait et il est facile de cerner les bons auteurs et de se référer ensuite uniquement à leurs articles. Par contre, il est déplorable de constater que certains analystes changent d'avis comme de chemise et que ceux qui se fient à leurs écrits doivent souvent s'arracher les cheveux.
Je lisais hier, avec une certaine attention, l'@mail dont l'auteur, se disant chartiste attendait les chiffres du chômage américain afin de constater l'effondrement boursier qu'il annonce depuis déjà deux mois.
Heureusement, les chiffres étaient meilleurs qu'attendu et à part les velléités boursières dues à une guerre annoncée, le trend du Dow Jones indiquait encore et à contresens la fin de la récession aux USA.
Force est pourtant de constater que l'évolution des marchés est hachée et que le risque de guerre est là. La cyclologie boursière nous apprend que, si celle-ci, annoncée et préparée depuis longtemps trouve une issue rapide, les marchés et les entreprises trouveront de suite le ballon d'oxygène traditionnel qui relancera les tendances bénéfiques tant attendues.
Ce chartiste pense le contraire malgré l'impact multiplicateur de la détente monétaire qui commence à produire ses effets en étonnant certains « spécialistes » de marché, sauf l'économiste de la banque suisse PITCTET qui va dans mon sens. C'est dommage pour ce chartiste et ses adeptes.
Ce qui est dangereux pour un investisseur, c'est de côtoyer des conseillers qui n'ont véritablement pas de théorie ou de méthode d'investissement. Bien souvent, ces conseillers se laissent guider dans leurs choix par les idées à la mode ou les sentiments du marché. Il y a deux mois, ils vous dirigeaient vers les financières et les pharmaceutiques en vendant à outrance les télécoms et maintenant, constatant le désastre de leurs conseils, ils vous suggèrent les valeurs défensives et des titres massacrés comme Delhaize, Oméga Pharma et Aegon. Bien entendu, ils auront raison un jour mais en attendant, la chute du dollar qui était prévisible et nécessaire au redressement de l'économie américaine, entame les bénéfices de ces sociétés et la sagesse recommande d'encore les éviter.
Par contre, au retournement de tendance du dollar, il faudra les privilégier et notamment UCB qui a été empêchée de concrétiser son objectif de croissance malgré un profit courant imposable en hausse de 7 %. Cette valeur, qui vient de décrocher, annonce pourtant une augmentation des ventes du Keppra et l'amélioration des performances de sa division « surface specialties ». Bien entendu, les chiffres traduits en euros sont moins brillants.
Le conseiller professionnel doit appliquer avec constance et rigueur une méthode particulière et il doit suivre son raisonnement et l'appliquer indépendamment des configurations ou des phases de marché. En un mot, il doit croire à ce qu'il fait et s'interroger lorsque des effets mécaniques viennent contrarier ses dires. En période de volatilité extrême, il est bon de réviser ses stop loss et de les mettre judicieusement en fonction des mouvements erratiques de la valeur suivie. Il doit aussi se mettre au courant des nouvelles « méthodes » des brokers. Travailler sur le marché américain avec des moyennes mathématiques à 50 et 200 jours est devenu obsolète.
Jetons un coup d'oeil sur la prose écrite savamment par des dizaines de conseillers de métier. Ils nous disaient en juillet que les valeurs de rendement constituaient une belle alternative. Comme toujours, elles commencent d'abord à afficher des progressions insolentes et les conseillers nous incitent ensuite à entrer dans ce marché. Toutefois, rien ne permet d'affirmer que la firme dont vous venez d'acheter les actions va continuer à donner un dividende aussi attrayant. De plus, si la cotation a fortement baissé, il y a probablement un motif que le public ignore encore. Un titre bradé avec un dividende « espéré » et non encore annoncé doit, à priori, vous sembler bizarre ; il faut s'assurer de la pérennité des dividendes . Oseriez-vous parier que ELECTRABEL va poursuivre sa politique généreuse à la belge alors qu'elle est sous contrôle français ? Rien n'est vraiment sûr.
Portée au firmament lorsque les marchés sont euphoriques, la gestion indicielle, qui consiste à répliquer l'évolution des grands indices, est vouée maintenant aux gémonies…Que faire ?
Le bon gestionnaire doit se convaincre de ses raisons de résister à la panique. Celle-ci est larvée et provient de trois facteurs principaux. Nous trouvons bien entendu les inquiétudes macro-économiques avec le chômage, les profit-warning, le ralentissement mondial de la croissance et bien entendu, la crainte d'une guerre en Irak. Le deuxième facteur est engendré par la perte de confiance de l'investisseur. Il est vrai que les malversations comptables, la piètre qualité des bilans et surtout la perte de crédibilité des analystes financiers ont fragilisé le monde boursier. Le troisième facteur est né des deux autres : les marchés sont déséquilibrés par le rôle croissant des fonds spéculatifs et l'absence d'investisseurs à long terme comme les assureurs et les fonds de pension.
Fort de ce raisonnement, un bon gestionnaire va se référer aux crises pétrolières antérieures pour vous conseiller l'achat de compagnies pétrolières aux fondamentaux solides. Pourquoi ? Si la diplomatie l'emporte, les cours de ces valeurs vont rester volatiles ; si l'intervention militaire est rapide, nous devrions voir le secteur se consolider mais dès l'embrassement éventuel du conflit, les titres vont flamber.
Les grosses firmes comme Morgan Stanley lancent aussi leurs ténors et début août, le conseiller attitré suggérait d'acheter 20 valeurs disposant d'un potentiel haussier de 30 à 70 % à l'horizon de 1 à 3 ans. A gouverne, les titres étaient très connu du grand public : NOKIA, VIVENDI UNIVERSAL, AXA, ING, NOVARTIS, NESTLE, etc. A titre indicatif, ceux qui ont suivi ce conseil immédiatement ont perdu parfois 50 % de leur mise. Je pense que le conseil est valable mais c'est maintenant qu'il faut investir. C'est à la cyclologie boursière que l'on doit le plus souvent d'entrer dans le marché au moment le plus judicieux.
Les membres qui appliquent la méthode de la NAIC se souviendront aussi des propos de Kenneth Janke qui disait qu'il ne faut pas tenter de savoir ce que feront les indices dans un mois, un an, ou encore d'essayer de déterminer quand l'économie changera de direction. Ce qu'il faut, c'est sélectionner des sociétés qui en valent la peine. Je pense toutefois que ceux qui se sont aidés en plus, de l'analyse technique et de la cyclologie boursière ont eu plus de satisfactions que de déceptions.
Mais au fait, dans ce tourbillon d'informations, il faut savoir sélectionner et surtout lire ce qui conforte votre propre opinion.
A priori, comme je suis optimiste et porté vers des achats réfléchis et à bon compte, j'ai accentué ma pensée positive en relisant avec attention les propos qui soutenaient ma thèse et cela depuis au moins trois à quatre mois ; une façon bien agréable de trier les piles de journaux.
La Deutche Bank, tire, de façon édifiante, les leçons financières du passé afin de se conforter dans le proche avenir. Comme je l'enseigne au cours de cyclologie, son analyste pense qu'une action militaire américaine, dans l'objectif de protéger uniquement des intérêts nationaux, ne pénalise pas les marchés financiers surtout si l'action militaire est rapide et victorieuse. Par contre, une intervention qui devrait se prolonger indéfiniment aurait un effet aussi dévastateur que celui provoqué par les séquelles de la guerre de Corée. Si la victoire est assurée et le conflit très court, la meilleure des stratégies est d'acheter du dollar et des actions et de vendre l'or et les pétrolières. Le conflit armé prolongé risquerait de mettre à mal la reprise asiatique et plus particulièrement japonaise.
L'économiste de la BBL trouve que les fondamentaux à long terme, en l'occurrence la croissance, l'inflation, la productivité, etc. ont rarement été aussi bons. Nos économies industrialisées resteraient arrimées à un Kondradieff de hausse et les actions seraient davantage dans une zone d'achat que dans une zone de vente. Les beaux jours des obligations seraient d'ailleurs derrière nous.
Comme le veut le dicton « acheter au son du canon », le bruit des bottes réveille les valeurs « guerre » et l'or, valeur refuge trop souvent rangée au rang de relique, retrouve de son éclat. Une enquête de la mi-janvier nous signale pourtant que les gestionnaires de fonds pensent que les marchés d'actions sont sous-évalués. Ils délaissent les secteurs cycliques, comme les médias, l'automobile ou la distribution ainsi que celui des assurances. Ils se concentrent sur les valeurs défensives.
L'économiste du Crédit Lyonnais exclut totalement le scénario des années 30 et assure que les USA initieront le rebond économique cette année. Toutefois, dit-il, il ne faut plus espérer de croissance élevée avant longtemps. Celui de Dexia pense que la troisième grande crise devrait mieux se terminer mais il ne néglige pas le risque Irak et le danger de la méfiance des marchés. Il rassure pourtant en disant qu'avec le scénario le plus plausible, la bourse gagnerait plus de 30 % en Europe, surtout grâce à la locomotive américaine et à la confiance retrouvée.
L'économiste de BBL-ING reste prudent car la reprise arrive lentement. Son analyste en chef nous conseille les secteurs défensifs et privilégie aussi les compagnies dont les programmes de restructuration touchent à leur fin.. Cela me conforte dans mon raisonnement : j'ai toujours été friand des sociétés en « recovery situation » ; l'effet de levier est nettement plus important.
J'ai apprécié que le sector strategist de Fortis m'indique que la seconde quinzaine de décembre soit propice à un rebond boursier. J'ai d'autant apprécié que, pendant ma longue carrière dans cette banque, ces stratégies marginales étaient considérées par les fondamentalistes comme des techniques de gestion ésotériques qu'il fallait cacher aux yeux du grand public. Je dois vous avouer que certains fondamentalistes sont encore honteux d'entendre parler de ces « choses » dans mon entourage. Comme disait notre conteur wallon Julos Beaucarne « cela a bien changé, sais-tu ».
D'une lettre française, je retiens que si la politique monétaire reste accommodante et si le moral des ménages tient bon, une reprise de la croissance américaine est envisageable au second semestre 2003. Le risque serait que la FED laisse filer le dollar. Cette hypothèse est peu probable car les USA exporteraient alors leur faible croissance au Japon et en Europe et nous serions confrontés à de graves problèmes de concurrence. Ma crainte personnelle est de voir les USA faire fi de cette situation qui serait catastrophique afin de nous punir de ne pas jouer le rôle de valet dans l'affaire de l'Irak.
Je me délecte d'un article ou Fortis déconseille la stratégie « buy and hold » qui a toujours été, à mes yeux, une théorie non rentable. Les bénéfices engrangés se sont toujours envolés. Lorsque je rencontre mes collègues retraités, aucun n'a vendu ses actions Fortis. Je dois vous avouer que prévoyant une période de rebonds entrecoupés de prises de bénéfices, je pratique le trading afin d'améliorer la moyenne de mon prix d'achat. Je ne conseille en effet, à personne, d'investir encore dans le long terme. Par contre, je suis full invest en actions.
Une étude de la Banque Nagelmackers me rassure d'ailleurs à ce sujet. Le plus bas des marchés d'actions est derrière nous, dit cette banque, en citant davantage de raisons d'espérer. Parmi celles-ci, je retiendrai que les stocks sont à leur plus bas historique et que le rebond boursier attendu est ou sera d'une nature moins purement spéculative que les précédents.
Le stratégiste de Morgan Stanley pense d'ailleurs que les actions de croissance devraient prendre le pas sur les actions disposant des fondamentaux les plus solides ; je note au passage qu'il prévoit une hausse des taux à la fin cette année. Il est relayé par la déclaration du strategist de Fortis qui nous signale que les valorisations boursières américaines sont au plus bas et que nous sommes à la fin d'un grand « bear market ».
Je relis avec attention que Merrill Lynch confirme le retour en grâce des télécoms ; souvenez-vous de mon article « Faut-il oser ? Une fois de plus, la cyclologie boursière devance l'économie dans ses prévisions et je suis très fier de l'enseigner.
Je m'attarde quelque peu sur l'or. Je suis convaincu que les contrats de vente à terme ont dérégulé le marché qui bénéficie de ce fait de puissants facteurs de soutien à court et moyen termes. Toutefois, je note que les asiatiques prévoient dans leur calendrier astral une période de faiblesse du métal jaune en juin-juillet et que cette pause devra être mise à profit pour un rachat avant un rallye surprenant.
Je termine de trier ma pile en jetant un coup d'oeil sur la finance comportementale qui estime que l'investisseur n'est pas totalement rationnel et que les gens sont influençables. Ces biais, cite le professeur De Bondt, créent des inefficiences de marché qui se manifestent sous forme d'anomalies de cours ou plutôt d'exagérations, dans un sens comme dans l'autre.
Je replonge dans un article ou Fortis révèle à nouveau qu'il s'est penché sur l'évolution qu'avaient les bourses pendant et après la guerre du Golfe et qu'il conclut qu'il est préférable de ne pas trop privilégier les valeurs défensives qui risquent de sous-performer les autres dès l'entame de la guerre.
Bref, me voilà non seulement rassuré mais conforté dans ma conviction que la cyclologie boursière est à même de fournir des renseignements précieux pour la gestion d'un portefeuille actif. Je pense aussi que la presse et les revues boursières ont leur rôle à jouer dans l'information de l'investisseur.
Je sais que Internet remplace beaucoup de ces feuillets mais personnellement, avec ma multitude de favoris, j'ai 750 cookies actives qui me font surfer à toute vitesse sur les tourbillons de l'info. J'en retire des éléments très intéressants bien avant la presse, mais un investisseur isolé n'a, lui, alors personne pour le raisonner.
Reste la presse. Un titre accrocheur et un avis provenant d'une personne autorisée peuvent vous conforter au plus profond de votre conviction personnelle. Toutefois, comme le disait dernièrement une lectrice assidue du journal financier l'Echo, il y a trop d'informations, parfois tendancieuses à se mettre sous la dent. Il y aussi des pages de journaux financiers qui ne doivent être consultées que par un « seul » lecteur, quelle place, quel temps perdu dit-elle.
Peut être un jour, vous aurais-je convaincu d'être un investisseur performant. A gouverne, Warren BUFFET et George SOROS savent mettre en œuvre une approche de marché ou appliquer une méthode uniquement dans les configurations ou phases de marché où elle est pertinente.
Je conclu en disant que ces deux gros investisseurs recherchent activement en ce moment les actions les plus intéressantes et jouent d'astuces pour rester incognito.
L'intensité volumétrique de certaines actions (que l'on dit : leurs favorites) en cours de séance dévoile parfois leurs intentions.
Voilà, mon bureau est nettement moins encombré et ma vision des choses s'est encore améliorée. Je vais prendre l'air, l'esprit plus serein. Je pense être dans le droit chemin, ce lundi 10 février 2003.
Roger LECUT
Secrétaire général de la FBCI, Administrateur de l'AEI et de la FBCI, Professeur de cyclologie boursière.