Depuis plusieurs années déjà, je fréquente des régions différentes pour y exposer des sujets boursiers. Pendant ces exposés, ou à la fin de ceux-ci, le question-time est toujours le bienvenu. Personnellement, je pense que c'est la partie la plus intéressante de la réunion. En effet, chaque région a ses propres mœurs et celles-ci sont marquées d'une façon indélébile dans la mentalité de ses habitants.

Comme partout, l'appât du gain reste le moteur essentiel des personnes qui investissent encore en bourse. Tout le monde se défend d'y jouer mais l'attitude des investisseurs dément bien souvent le profond de leurs pensées. Voici deux exemples qui vous feront comprendre combien les investisseurs qui se côtoient lors d'un forum peuvent être vraiment différents.



Le groupe néo-louvaniste IBA venait de chuter lourdement en décembre dernier et le public se demandait pourquoi j'étais négatif alors que la presse encensait la valeur. J'ai répondu que la firme avait une évolution boursière très corrélée avec son carnet de commandes ; ce qui est souvent dangereux. Toutefois, j'ai insisté encore plus lourdement sur le volume des titres traités. La grosse chute de début décembre était le fait d'institutionnels au « parfum ». Délit d'initié ? Mais non. Nous approchions de la date du remaniement du Bel 20 et IBA avait de fortes chances de quitter les 20 valeurs les plus liquides du marché belge. Comme certaines sicavs doivent détenir uniquement des valeurs du Bel 20, certains gestionnaires avisés ont vendu avant le retrait officiel tout en laissant une position minimale à vendre dès l'annonce du remaniement. Il y avait donc un risque certain à prendre en investissant après la grande chute. La prudence était de mise ; la hausse qui a suivi dans les semaines suivantes semblait démentir mes dires mais n'était le fait que d'achats minimes. Les personnes qui ont pris le bateau avec l'idée d'un gain rapide ont pris la « pelle » car la vente de la soulte des titres encore détenue par les institutionnels est venue renverser le château de cartes de leurs espoirs irréfléchis. Dans une telle circonstance, la cyclologie boursière reste une référence. Comment réagissent les valeurs exclues d'un indice boursier de référence ? Connaître la réponse, c'est éviter d'investir dans celles-ci, même si les fondamentaux restent prometteurs et même si les oscillateurs chartistes sont positifs. Bien sûr, le rebond après la chute avait entraîné mathématiquement les moyennes, le RSI, les momentums, etc.. dans un nouveau canal haussier prometteur ; mais trop souvent, on oublie l'intensité volumétrique. Rassurez-vous, je sais que des investisseurs chevronnés commettent encore cette erreur. Vous inscrire au cours annuel de cyclologie boursière ne me semble pas être un luxe.
Un autre aspect de cet enseignement, c'est de découvrir le moment le plus opportun où des sociétés relèvent la tête dans le marasme économique ambiant. Logiquement, c'est quand le marché est risqué que les gains sont les plus importants. Les méchantes langues diront heureusement, car ils serviront à combler le tonneau des pertes subies par les acheteurs inconscients.



Lors de ce roadshow, j'ai annoncé ma conviction d'un rallye de fin d'année et d'une belle reprise boursière en janvier. Ces convictions étaient basées bien entendu sur le passé des bourses notamment à l'approche de conflits guerriers. Il me semble évident qu'une guerre ne se déballe pas en direct sur les médias avec l'heure exacte du premier bombardement, il me semblait encore plus évident qu'une guerre ne se déclare pas en période des festivités du monde occidental. J'ai donc conseillé d'investir en CIENA (fibres optiques) dès le franchissement à la hausse des moyennes mobiles. J'ai annoncé aussi la modification de celles-ci (20 et 100 jours en exponentielles et 50 jours en mathématiques) de façon à suivre le nouveau courant des brokers américains. Maintenant que le trend est bien engagé, les analystes techniques suggèrent l'achat de la valeur. Avec un gain dépassant largement les 25 %, j'ai déjà conseillé de vendre. Stupide me diront certains. Pas tellement, me dira ma conscience. Mieux vaut un moineau dans la main, que deux sur la haie me confirmera le dicton carolorégien.
Stupide comme attitude me diront beaucoup de fondamentalistes et de chartistes. Mais si vous suivez les avis de brokers américains, notamment ceux de Patrick J. O'Hare, vous comprendrez qu'il n'y a plus de honte à vouloir prendre un beau bénéfice sur une valeur courtisée. Voici d'ailleurs ce qu'il en pense. « Premièrement, si vous avez acheté des actions d'équipementier telecom ou des actions du secteur énergie et cela peu avant la Santa Claus, vous devez maintenant être plus heureux qu'un cochon dans la boue. Deuxièmement, le marché accorde dès à présent une importance comparative nouvelle au retournement de tendance classique de début janvier. Les valeurs ayant le moins performé en 2002 verront le retournement de tendance le plus spectaculaire avant le 31 janvier. »

Et de citer notamment LUCENT (LU moins 75.4 en 2002 et déjà plus 42.1 en 2003 ; JDS UNIPHASE (JDSU) moins 71.5 % en 2002 et déjà plus 34.4 % en 2003 et encore SIEBEL SYSTEMS (SEBL) moins 73.3 % en 2002 et déjà plus 29.1 % en 2003.
Ce grand broker dit que les fondamentaux n'ont pas changé à un tel point pour mériter une telle superformance et que celui qui prend ses bénéfices au delà de 25 % atteints en moins de deux semaines ne devrait pas avoir honte de le faire.

Pour rassurer les fondamentalistes, il est bon de savoir que CIENA qui grimpait encore de 11.21 % le 10 janvier a un EPS de -4.37, un P/E non estimé et une évolution boursière de 52 semaines évoluant entre 2.41 et 17.30

Je pense qu'avec de tels chiffres, il est sage d'engranger les bénéfices dès qu'ils apparaissent. Imaginons une attaque soudaine sur l'Irak (bien que je pense le contraire) et mes moineaux se seraient envolés avec le bénéfice.

Il faut mieux gémir d'un manque à gagner que de pleurer sur des pertes bien réelles. Et entre-nous, avec ma vente de CIENA, je me suis investi en ORACLE qui parle de distribuer un dividende. Alors comme le cours de bourse représente l'actualisation des dividendes futurs, je gage à parier que j'ai probablement raison de l'avoir fait. C'est nettement plus confortable de véhiculer une valeur haussière dont le PER est de 35.16 et l'EPS estimé de 0.41. La crise a amené une réflexion et l'évolution des mœurs boursières est devenue un fait réel. Prenez en bonne note. Rédigé le 10.1.2003.

Roger LECUT
Professeur de Cyclologie Boursière
Secrétaire Général de la FBCI
Administrateur de l'AEI