Que faire avec la valeur AGEAS ?

Que faire avec la valeur AGEAS ?

L'action Fortis a fortement baissé. Les actionnaires essayent de récupérer des dédommagements en créant des associations. Dans cet article la société Ageas est présentée (activité, actionnariat).

Publié le 12/08/2014 par Roger Lecut | Les gazettes

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Etre actionnaire est parfois difficile. Le cas de FORTIS est exemplaire. Le titre chute, la perte est grande et des associations se créent pour essayer de récupérer des dédommagements. C'est une bonne idée mais il y a des actionnaires qui restent dans leurs pantoufles et attendent la conclusion juridique. Il y a d'autres actionnaires qui ont essayé de moyenner leurs avoirs et qui ont gagné car la société nouvelle AGEAS a du tonus à revendre. Alors, pourquoi faire reperdre de l'argent à ceux qui ont gardé leur confiance dans la société. C'est un fameux dilemme qui profite surtout aux avocats et aux associations vautours. AMICALEMENT Roger Lecut

Depuis tout un temps, j'ai laissé ma plume de côté. J'étais dégoûté de la façon dont se conduisent non seulement les politiques mais aussi certains CEO qui ne voient que leur portefeuille avant celui des actionnaires. En effet que conseiller lorsque le monde boursier s'emballe et que tout vous semble truqué ? Les corrections soudaines sont sévères et personne ne se soucie de vos achats malheureux. Nous venons encore de voir de sérieuses déconvenues avec le secteur biotechnologique. Les matières premières nous ont conduits à un beau fiasco et les énergies nouvelles ont largement déçu. Seul, le secteur financier a redressé la tête et a satisfait les investisseurs. Pourtant, leurs investissements ne répondent pas à leurs espérances; le miroir aux alouettes est une nouvelle méthode qui brûle encore et toujours les ailes des non-initiés et des patrons bien trop confiants.
Les petits actionnaires doivent aussi endurer les déboires causés par les initiatives malheureuses des dirigeants, qui, par leur orgueil et aussi par leur prétention d'être expert dans tous les domaines, se croient au-dessus des lois et des tourmentes prévisibles. De plus, de nombreux hommes politiques considèrent les actionnaires comme des spéculateurs. Les États, avides d'argent projettent d'ailleurs d'encaisser une grosse partie de leurs bénéfices mais, bien entendu, sans les indemniser pour leurs pertes. Ces politiques semblent ignorer que si les multiples petits actionnaires retiraient leurs fonds de la Bourse, l'Économie ferait du surplace et les entreprises manqueraient de financement. Où est passé le temps de la loi Cooremans et de la loi Monory ?
Pourtant, boursicoter a toujours été un mot maudit auprès des gestionnaires de biens mobiliers. Ceux-ci ont toujours eu la prétention d'employer le mot juste : ils investissent. C'est-à-dire qu'ils placent de l'argent dans une société dont ils envisagent un avenir prometteur et la soutiennent ainsi dans son expansion. Il ne s'agit donc pas de spéculation. Si le gain devient important, il est bon de vendre partiellement afin de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. C'est de la bonne gestion et non de la spéculation. Nous savons tous qu'investir en actions comporte un risque et cela quel que soit la société choisie. À titre exemplatif, prenons COLRUYT et AGEAS.

Si vous pensez de suite que COLRUYT est plus sûr qu'AGEAS; vous avez perdu. Depuis un an, COLRUYT a perdu 11,13 % et AGEAS 7,43 %. Pourtant, demandez dans la rue, où investirait la personne questionnée à qui on proposerait ces deux valeurs. Elle répondrait COLRUYT. Le matraquage médiatique y est pour une bonne part et le souvenir de la débâcle de FORTIS y est pour le reste. COLRUYT est une action cyclique qui fonctionne en Bourse en tenant compte du taux de fréquentation de la clientèle par rapport à ses concurrents. La marge bénéficiaire et les avis des analystes font le reste, bien entendu.. AGEAS est une belle entreprise qui essaie d'échapper à la vindicte de certains actionnaires de l'EX-FORTIS et de fonds de placements « vautour » qui maximalisent les gains au détriment de la société et font le beau jeu des « shorters ».

Qui est AGEAS maintenant ?

AGEAS est un groupe d'assurance international riche de plus de 190 années d'expérience. Classé dans le Top 20 européen de l'assurance, il a choisi de concentrer ses activités sur l'Europe et l'Asie. Ces activités n'ont plus rien de bancaire. Cette partie a été rachetée par la société française BNP PARIBAS qui a créé ensuite la BNP PARIBAS FORTIS en Belgique.
AGEAS est donc maintenant UNIQUEMENT UNE COMPAGNIE d'assurance se répartissant en quatre segments: Belgique, Royaume Uni, Europe continentale et Asie. AGEAS est active via des partenariats en Belgique, au Royaume Uni, au Luxembourg, en Italie, au Portugal, en Turquie, en Chine, en Malaisie, en Inde et en Thaïlande, et par le biais de filiales en France, à Hong Kong et au Royaume Uni. En Belgique, via AG INSURANCE, AGEAS est le leader incontesté dans les segments vie individuelle et employee benefits (EB), et se profile aussi comme acteur de référence en non-vie. Au Royaume Uni, AGEAS est le 4ème assureur auto pour les particuliers et dans le segment 50+. La valeur évolue en Bourse principalement selon les humeurs climatiques, les incendies et les accidents de la circulation. AGEAS va, par exemple, débourser 60 millions d'euros pour indemniser les victimes de la dernière tempête de grêle de la Pentecôte. Ce phénomène climatique exceptionnel ne va pas ébranler la compagnie car à côté d'une capitalisation boursière de plus de 6 milliards d'euros. Ce montant est marginal ; la TEMPËTE n'a pas fait plier AGEAS ; cela est important. Mais voilà que des batailles juridiques à propos de l'ancienne FORTIS commencent à garnir les titres des journaux. AGEAS emploie encore 13 071 personnes. Les actionnaires et ce nombreux personnel se posent des questions sur l'avenir de la société. On commence à trembler et pourtant gardons la tête froide!

En effet, lorsqu'AGEAS est sorti de ses cendres, démontrant son savoir-faire en vendant avec gain la Bad Bank héritée de Fortis et en rachetant des actions de sa propre société, un regain d'intérêt est apparu. Les « victimes » du désastre ont repris goût à l'investissement boursier. Elles ont aussi racheté des Fortis devenues AGEAS, une façon intelligente de moyenner leur portefeuille et de profiter ainsi de l'envolée des cours pour diminuer leurs pertes.
MAINTENANT, des associations de défense des actionnaires voudraient à nouveau faire perdre de l'argent à ceux qui ont refait confiance à AGEAS en incitant les actionnaires belges à s'associer à leur groupe de défense qui vient de gagner une manche juridique.

Avant de s'engager dans une procédure de dédommagement, posons-nous les questions primordiales :

Qui possède encore AGEAS ?

En un mot quels sont les principaux actionnaires de référence ?

NomActions%
Ping An Insurance (Group) Co. of China Ltd.11 694 1335,01%
Ageas NV7 052 6133,02%
Franklin Mutual Advisers LLC6 709 9472,87%
Schroder Investment Management Ltd.5 087 1312,18%
Norges Bank Investment Management3 709 2621,59%
The Vanguard Group, Inc.2 921 8501,25%
APG Asset Management NV2 617 0971,12%
BlackRock Fund Advisors2 255 8010,97%
State Street Global Advisors Ltd.1 906 0200,82%
JPMorgan Asset Management (UK) Ltd.1 747 6570,75%

Le CEO Bart DE SMET est dynamique et a des ambitions pour sa société. Les analystes faisaient confiance à l'entreprise et les cibles diverses encourageaient à l'achat. La valeur pourrait atteindre les 32 à 38 euros. Bref, tout était pour le mieux. Mais voilà, qu'à Amsterdam, la Cour d'Appel reconnaît les arguments d'information trompeuse et incomplète dans le dossier FORTIS hérité par AGEAS. Un vent de panique souffle alors en bourse et ceux qui avaient refait confiance à la valeur voient le titre plonger vers les 24,50 euros, une chute de 18.5 %. Triste journée, le volume journalier a même atteint 3.7 millions de titres soit dix fois la moyenne journalière. Mais déjà, en fin de journée, la perte se stabilisait à – 7.5%. AGEAS déclare immédiatement envisager un recours en Cassation devant la HOGE RAAD et elle l'a fait..

AGEAS est donc condamnée ?

Juridiquement, sachez que seule la question de la faute a été tranchée. Faudra encore de rudes empoignades entre les avocats et la société pour débattre du dommage et du lien de causalité entre la faute et le dommage. De plus, le pourvoi en Cassation pourrait annihiler cette décision.

Quelle est la réaction des groupes de « défense » des actionnaires ex-FORTIS ?

Les médias s'emparent du dossier. Les vautours apparaissent. Ils incitent les actionnaires à rejoindre le mouvement FORTISEFFECT afin d'encaisser une indemnisation bien que ce jugement ne se prononce pas sur le dommage et son ampleur. Les mouvements de défense en Belgique disent que ce jugement appuie leur action en Justice dans la procédure civile et l'heure est au recrutement massif chez DEMINOR et Maître ARNAUTS.

Qui peut demander une indemnisation ?

Le jugement à Amsterdam inclut tous les actionnaires, donc les Belges également, qui détenaient des actions ou options FORTIS entre le 28 septembre et le 3 octobre 2008. Même si les titres sont vendus maintenant, l'indemnisation serait accordée. Mais, il est bon savoir que les personnes qui peuvent s'attendre à espérer une indemnisation, seraient celles qui n'auraient acheté des actions FORTIS qu'à PARTIR DU 30 SEPTEMBRE 2008 et n'auraient pas engagé une autre procédure judiciaire avec une association belge.
Pour rejoindre FortisEffect, il faut le faire maintenant car dans 3 mois, il sera trop tard.

Quel serait le montant à recevoir ?

Naturellement, les avocats des parties plaignantes parlent de plusieurs milliards d'euros. lAprès un examen au cas par cas, qui devrait durer au moins un an ou deux ans, il faudra que l'investisseur fasse la preuve qu'il a subi des dommages juridiquement remboursables et à combien ceux-ci pourraient s'élever. L'impact potentiel pourrait être lourd pour AGEAS mais déjà, les analystes ne sont pas d'accord. Il y a une semaine, FortisEffect représentait 800 investisseurs disant avoir perdu 200 millions d'euros. Sur la période invoquée, la perte s'élèverait à 4 euros en cotation boursière. Le cours s'est déjà adapté à ce nouveau niveau. Mais le danger, c'est qu'avec la publicité des médias et le tapage des associations de défense des actionnaires, de nouveaux arrivants viennent s'inscrire et demander des dommages plus importants car ils auraient achetés des FORTIS quand la valeur était de 30 euros.

S'inscrire, peut-être ?, mais ce n'est pas gratuit.

S'inscrire est assez simple. Vous devez aller sur le site www.fortiseffect.nl. Traduction possible sur Internet. Une fois inscrit, vous recevez un bulletin à remplir par retour de mail. Une fois signe, vous faites partie de l'association. Il vous faudra payer 39 euros de frais d'ouverture de dossier. Ensuite, si vous êtes dédommagé, vous devrez remettre à l'association 22.5% de la totalité des montants récupérés. Pour faire preuve de votre détention d'actions ou d'options FORTIS à la date requise, vous devrez demander une attestation à la banque ou fournir un extrait du compte-titres.

Il est important de savoir qu'un même dommage ne peut être compensé deux fois. Si vous êtes inscrit sur un site de défense en Belgique, il faut mieux ne pas rejoindre une association néerlandaise. Chez Laurent ARNAUTS, 1300 personnes sont engagées dans une procédure réclamant 9 euros par action. C'est donc loin d'être terminé ; il y a aussi MODRIKAMEN qui poursuit AGEAS, BNP PARIBAS FORTIS, FORTIS BANQUE et la SFPI en réclamant 5.1 milliards d'euros de dommages et intérêts. N'oublions pas DEMINOR qui poursuit AGEAS, BNP PARIBAS FORTIS et MERRILL LYNCH pour communication mensongère. Pour cette dernière association, nous n'avons pas encore le montant réclamé.

Ces actions en justice peuvent-elles mettre à mal les sociétés ?

Nous avons le cas avec justement la banque française BNP-PARIBAS. Accablée par l'amende record des USA (6.5 milliards d'euros), la société fait face et tire déjà les leçons. La banque va adapter ses structures afin d'éviter qu'une telle situation se représente.

La valeur a corrigé puis repris le dessus. Toutefois, l'annonce d'une perte trimestrielle de 4.317 milliards d'euros au lieu d'un boni de 1.7 milliard d'euros a plombé à nouveau la banque française. La prochaine publication des résultats sera certainement positive et le cours reprendra son allant. Le CEO quittera probablement son poste en fin d'année. C'est la vie boursière qui reprendra son jeu.

Quel est le risque pour l'actionnaire actuel d'AGEAS ?

La société est toujours jugée saine par plusieurs analystes, c'est un fait. Mais le trésor de guerre estimé à 1.6 milliard d'euros pourrait bien partir en fumée au lieu d'être consacré à de nouvelles acquisitions et bien entendu à nous payer un beau dividende.
Toutefois, AGEAS qui va en cassation a décidé de provisionner seulement une somme de 130 millions d'euros au grand dam des avocats. La bataille judiciaire ne fait que commencer. Voilà aussi qu'ARNAUTS attaque DEGROOF car il juge que l'analyste fait des erreurs en publiant qu'AGEAS est à l'achat avec une cible de 37 euros ; cette cible intégrant le débours d'une somme de 1 milliard d'euros pour les risques judiciaires. Le CEO d'AGEAS estime qu'il a fait une provision de prudence et qu'il continuera à payer un dividende. Fort d'une position de liquidités de 1.6 milliard d'euros, la compagnie rachète à nouveau ses propres actions depuis le 11 août. Elle le fera pour un montant de 250 millions d'euros. AGEAS a estimé aussi qu'il pouvait poursuivre sa politique d'acquisition et ainsi employer le milliard et demi de sa trésorerie. Si AGEAS était finalement condamné et cela à des sommes plus importantes que sa direction ne le pense, il lui suffirait de revendre une société acquise. De plus, chaque année, 30 à 40 % du bénéfice des assurances retournera aux actionnaires. En résumé, si les avocats de la défense des petits actionnaires estiment un dommage pouvant atteindre les 5 milliards d'euros, la direction d'AGEAS ESTIME QUE CE MONTANT SERA FORTEMENT REDUIT CAR CHAQUE INDIVIDU DEVRA PROUVER QUE LE FAIT DE NE PAS AVOIR EU UNE INFORMATION JUSTE LUI A CAUSE DES DOMMAGES. Ensuite, il faudra encore les chiffrer. De nombreux recours en appel semblent inévitables et si dédommagement, il y a, cela ne se fera pas au mieux avant 3 ou 4 ans. AGEAS doit supporter le lourd poids du passé mais sa politique nouvelle d'arriver à un portefeuille constitué à 60 % d'activités d'assurance-vie et 40 % d'assurance-non vie est une politique très rentable.

Sachant qu'un dédommagement de 1 milliard (attendu par certains observateurs) provoque une chute du cours de 5 euros, on peut dire que la cotation actuelle d'AGEAS est déjà corrigée. Malheureusement, si une campagne de recrutement massif et des fonds vautour venaient provoquer le gonflement des effectifs des demandeurs de dédommagements, le cours glisserait à raison de 5 euros par milliard d'indemnités supplémentaires à verser si AGEAS perd son procès.

Alors, que faire ?

Vous étiez actionnaire à la période requise, c'est un fait, mais ? Jouer le dédommagement en vaut –il la chandelle ? Attendre 3 ou 4 ans et fournir un tas de renseignements et documents. Prouver que c'est à cause de la mauvaise information d'AGEAS que vous avez perdu de l'argent n'est pas une sinécure. Vous avez perdu, personne ne le contestera mais aviez-vous acheté cette valeur sur base des infos erronées ou sur une recommandation d'un conseiller bancaire de chez FORTIS? Où, tout simplement, les aviez-vous achetées bien auparavant et étiez peu soucieux de vous informer à cette époque de l'avenir risqué de la société FORTIS. Ou bien encore, peut être avez-vous spéculé ou boursicoté au mauvais moment sans tenir compte des informations ou des avis parus dans la presse ? Vous avez les cartes en main mais attendez-vous à ce que chaque dossier soit examiné scrupuleusement.

J'espère, que loin des remous médiatiques, vous prendrez la bonne décision sans pression aucune. Sachez aussi qu'en demandant l'indemnisation, vous pourriez provoquer vous-même la baisse des actions AGEAS que vous détenez. C'est un dilemme dont vous êtes le seul maître.